Gaëlle Laurier

Auteur de romances

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Petite Angélique, le fils d’un ange, la fille d’un démon


Alexandre.

Tout, mais pas une journée entière à écouter qui étaient les Mérévigiens. Pourquoi devrais-je apprendre par cœur des dates, des récits de guerre et de succession ? Ils étaient tous morts et tout cela s’était passé il y a bien longtemps. Père disait qu’il faut toujours connaître son passé pour mieux aborder l’avenir, mais je ne comprenais pas vraiment où il voulait en venir.

Alors lorsque j’entendis maman se préparer pour se rendre au marché, je faussai compagnie au précepteur, la suppliant de m’emmener avec elle.

– Respirer un peu d’air te fera sûrement grand bien, va vite mettre ton manteau et n’oublie pas ta cape, il fait frais ce matin.

Nous n’y allions pas seuls, non. Il y avait notre gouvernante ainsi que Gaston qui portait les commissions. À ce que l’on dit, maman ne devrait pas y aller, cela ne se faisait pas chez les grandes dames, mais même si elle n’avait pas de leçon à apprendre, je crois qu’elle préférait se promener en ville plutôt que de rester à la maison presque autant que moi. Et puis il n’y avait pas grand-chose d’aussi amusant que d’aller au marcher.

Les étalages, les marchands de volailles vivantes – l’an dernier, j’avais d ‘ailleurs réussi à en libérer quelques-unes, mais ce ne fut pas au goût de tout le monde –, les gens que l’on y croisait tout simplement. C’était animé et plus instructif que les leçons d’Histoire. Il n’y avait qu’à écouter les adultes discuter entre eux pour en connaître des histoires.

Aujourd’hui, j’étais affecté aux choux ! Je devais choisir de beaux légumes de ce genre parmi les étalages et je pris mon rôle très à cœur. M’assurant de pouvoir revenir une prochaine fois si je choisissais judicieusement. Encore un mot compliqué, mais qui voulait surtout signifier que je devais bien faire les choses.

Maman discutait avec une dame sur la fraîcheur de ses raisins que j’inspectai soigneusement le tas de sphères vertes. Enfin, je trouvais ceux-ci un peu jaunes et m’en allai plus loin, là où ils semblaient d’une couleur plus soutenue, et situés près d’un tas de pommes vermeilles.

Juste à côté de moi, une cape verte me tournait le dos, pas plus haute que moi. Une main en sortant tout doucement comme pour ne pas se faire remarquer, allant vers le bas de l’étalage de fruits. Je l’arrêtai tout de suite avant qu’elle ne reproduise la même bêtise que j’avais pu faire moi-même une autre fois. Je ne voulais pas lui faire peur, au contraire, je voulais éviter qu’elle ne se fasse gronder. Mais la fillette qui se cachait dessous sursauta.

– Évite de faire ça, tu vas toutes les faire tomber. Je le sais, cela m’est déjà arrivé. Qu’est-ce que tu as ? Je ne voulais pas te faire peur.

– Tu vas me dénoncer ? finit-elle par articuler.

– Te dénoncer ? Non. Pourquoi ? Tu voulais la voler ? Attend je te l’achète si tu veux.

– Non ! s’empressa-t-elle de répondre. Ma mère dit toujours que lorsque l’on accepte des cadeaux d’un homme c’est toujours contre quelque chose en retour.

– Mais non, voyons.

Décidément, elle n’était pas rassurée, mais pourquoi voler ? Sa robe était jolie, ses cheveux bien coiffés. Elle n’avait pas l’air pauvre du tout.

– Alors tu me donneras juste ton nom en échange, d’accord ?

Elle ne répondit que d’un signe de tête, m’observant toujours comme si j’allais hurler à tout le monde qu’elle était une petite voleuse. Au lieu de cela, j’appelai la marchande et lui demandai deux pommes que je payai tout de suite avec les quelques sous que je gardais pour les grandes occasions. Elle avait l’air étonnée de voir deux enfants seuls, mais je la rassurai en lui disant que maman était un peu plus en retrait et viendrait lui acheter des choux. Puis je revins vers la fillette afin de lui tendre les fruits.

– Angèle, répondit-elle en retour. Enfin… Angélique est mon nom en entier. Angélique de Valle.

– Enchanté mademoiselle, moi c’est Alexandre de Monllieu.

Elle faillit en lâcher ses pommes.

– Monllieu ! Je n’ai pas le droit de parler avec toi !

– Pourquoi ? J’ai fait quelque chose de mal ?

– Non, ce n’est pas toi c’est… ma mère me l’a interdit déjà avec un autre homme. Ton père peut-être, vous avez les mêmes yeux.

Elle m’intriguait vraiment.

– Tu voulais voler des pommes et tu accuses mon père d’être un méchant homme !

– Non, je l’ai trouvé plutôt gentil au contraire. Et si… je voulais des pommes, c’est parce que j’ai faim. Il n’y avait rien à manger à la maison et ma mère est sortie depuis hier soir et…

– Je suis désolé, je ne voulais pas m’emporter.

– Toi aussi tu es gentil. Merci pour les pommes ! fit-elle avant de filer, se faufilant entre les passants avant même que je n’aie pu la retenir.

Derrière moi, maman me rappela puis me rejoignit, me demandant ensuite qui était la charmante petite fille avec qui je parlais. Et lorsque je lui dis son nom, elle me prit la main et décida que l’on rentre immédiatement. Décidément, je n’y comprenais rien.