Gaëlle Laurier

Auteur de romances

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L’été à la campagne - 3


Alexandre.

Le sens de l’humour de mon père était parfois difficile à cerner, surtout lorsque lui venait l’envie de faire des doubles sens, mais cette fois, il ne plaisantait pas. Il voulait vraiment m’entraîner à me battre ? Maman ne le laisserait jamais faire, si ?

Il vint me chercher alors que je dormais encore, me fit lever et me préparer, m’observant, bras croisés depuis un coin de la pièce. Il était bien sérieux hier au dîner. Et même si je craignais un peu ce qui allait suivre, je ne songeai qu’à une seule chose à présent : j’allais pouvoir me défendre seul, comme un homme après cette journée.

Je me voyais déjà terrasser d’une main les trois voyous du village, posant un pied victorieux sur leur bedaine une fois mis à terre.

Il me fit monter à cheval et m’emmena jusque dans une prairie à l’écart. Allait-il m’apprendre la lutte ? Ou bien à me battre avec les pieds et les poings ? J’étais impatient. Mais au lieu de cela, il me demanda de me mettre en chemise et de courir, traverser le champ et revenir. Il me fit faire cela plusieurs fois d’affiler. À la fin, mes côtes me firent mal et je n’arrivais plus reprendre mon souffle. Mais je ne comprenais plus vraiment. Voulait-il me voir apprendre à fuir plutôt que me battre ? Était-ce cela la défense dont il me parlait ? Fuir comme un lâche ?

J’étais déçu. Si se défendre, c’était de devoir détaler comme un lapin alors je m’en sortais bien mieux sans ces leçons. Et je préférai encore affronter ces idiots du village de face et revenir avec les genoux écorchés que de leur avoir tourné le dos !

Mais la déception ainsi qu’une grosse colère me montèrent au visage et n’étant de toute façon plus capable de me remettre à courir, je m’assis à même le sol.

– Allons, nous n’en avons pas terminé.

– A quoi bon père. Je ne veux pas m’entraîner à être un froussard, je préfère encore prendre des coups.

– Et qui t’as mis en tête que je t’entraîne à cela ?

– Vous ne m’apprenez pas à me battre père, mais à courir.

– Je t’apprends à être endurant mon fils. Croyais-tu que tu pourrais te défendre juste de quelques mouvements de bras, poings fermés ? Que cela ne prendrait que quelques heures ? Il faut des mois de travail et de patience. Comme toute chose. Mais si tu as besoin de cela, repose-toi quelques minutes, ensuite nous reprendrons.

Cela me semblait fastidieux. C’était un mot que maman avait déjà prononcé, m’enseignant ensuite sa signification. Et cette fois, j’en comprenais tout le sens. Fastidieux. Mais pas impossible vu la mine confiante de mon père.

Il m’apporta de l’eau prise dans la sacoche de son cheval et m’invita à reprendre. Cette fois, je comprenais mieux pourquoi je courrais de long en large. J’allais devenir un endurant !