Gaëlle Laurier

Auteur de romances

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L’été à la campagne - 2


Séraphin.

Je m’étais sans doute montré trop sévère, mais ce n’était pas la première fois qu’Alexandre revenait au logis dans cet état. Était-il inconscient ou juste trop fier pour éviter de se faire rosser par ces sales mioches du village et continuer à s’y rendre ? Ou bien simplement terriblement têtu. J’irai moi-même lui monter son repas tout à l’heure, nous en reparlerons.

Cela faisait près de deux mois que nous nous étions installés à la campagne pour les beaux jours, dans la bâtisse qui m’avait vu grandir et dont j’avais hérité peu avant sa naissance. Nous attendions, sa mère et moi qu’il fut suffisamment autonome pour nous y rendre régulièrement et le faisions ainsi chaque été.

Mais cette année était particulièrement difficile pour lui. Alexandre avait huit ans. À cet âge, je vivais encore dans les ruelles de Paris, pas loin de l’âge où le comte de Monllieu me sortit de la crasse. Et de le voir rentrer sali de boue, le visage tuméfié, ses fins doigts en sang me retournait les tripes. Je ne savais que trop ce qu’était la peur d’être battu, de craindre la mort chaque jour et même s’il n’en était pas là, bien que ces garnements trop jaloux de notre nom lui en faisaient voir de belles, je craignais chaque jour qu’il en vienne à prendre un coup dont il ne se relèverait pas. Mais à moins de le tenir enfermé à double tour, je ne voyais pas que faire. Rentrer à Paris ? Battre en retraite et, de ce fait, lui apprendre ce qu’est la lâcheté. Être père n’avait rien de simple, je m’en rendais compte.

Lorsque l’heure du repas fut annoncée, j’informai sa mère qu’il ne viendrait pas, qu’il avait été puni de s’être sauvé sans rien dire et d’avoir tourmenté une bonne partie du personnel s’étant mis à sa recherche. Mais ma douce Annabelle n’était pas bête, elle devait se douter que, comme les dernières fois, il avait dû rentrer mal en point. Je le vis sur son visage et la rassurai, il allait bien, assez sans doute pour bouder tant qu’il pouvait à l’heure qu’il est.

Je lui montai un plateau préparé par la bonne, frappai à sa porte et ouvris ensuite. Je n’avais même pas eu à venir la verrouiller, il y était demeuré de lui-même. Sachant que la punition avait également pour but de ne pas inquiéter sa douce mère.

Je posai le tout sur une petite table et l’invitai à venir se rassasier. M’asseyant face à lui

– Alexandre, nous avons à parler. Ce n’est pas la première fois que vous revenez dans cet état. Et j’aimerais savoir de quoi il retourne. Comment arrivez-vous diable à vous faire rosser par ces malandrins ? À votre âge, j’aurai déjà mis au sol trois d’entre eux.

Il n’osa relever le nez, mais je voyais bien qu’il est vexé. Même petit, un homme a toujours une part de fierté qui l’habite. Et je ne savais que trop bien qu’il en avait à revendre, c’était mon fils.

– Vous êtes encore jeune, mais je vois que vu vos fréquentations, ce doit être nécessaire. Nous débuterons dès demain matin, soyez prêt, je viendrai vous chercher.

Étonné, il releva la tête de son plat.

– Débuter père ? Quoi donc ?

– Je vais vous apprendre à vous défendre fils. Mais de la meilleure des façons.