Gaëlle Laurier

Auteur de romances

Découvrez mes univers


En savoir plus

Facebook Twitter Instagram Wattpad Fyctia Scribay Imaginae Booknode




Un enfant de trop, dénouement


Séraphin.

Voici plusieurs minutes que nous étions telles deux statues dans une même allée. Immobiles et déterminés. Après avoir tenté une fois de plus de la convaincre, le pouce actionnant le chien de mon pistolet, prévenant ainsi que je ne plaisantais pas, elle préféra s’en amuser.

Je ne souhaitais pas tuer cette femme bien que beaucoup jugerait la chose comme une bénédiction. Mais j’avais horreur de faire du mal aux dames. Sauf si elle en venait à vouloir faire du mal à cet enfant vivant ici.

Bien que nous ne commettions pas vraiment d’esclandre mis à part nous tenir en pleine rue à nous toiser, il semblerait que notre manège ait finalement attiré les regards des occupants de la maison. Une femme en sortit, la trentaine d’années bien marquée tout autant que son accent de campagne. Un homme blond assez bien charpenté la suivant, tenant lui aussi un fusil, coincé contre son épaule et prêt à en avoir l’utilité.

– Grand Dieu, n’avez pas autre endroit pour vous entre-tuer ! Mais arrêtez cela tout de suite ! Pas devant ma maison ! Filez !

– Madame Charon ? Je suis envoyé par Monsieur de Ralle, il cherche à vous revoir à propos de votre enfant, son fils.

Le temps d’étonnement qui traîna en longueur ne put que me convaincre que nous n’étions pas au bon endroit, faisant, pour la première fois s’étonner ma concurrente directe. Et pourtant.

– Ce vieux cochon n’a plus toute sa tête ! Jamais mon petit Antoine n’a été de lui ! J’étais déjà ronde de mon André lorsqu’il m’a fait ses avances.

– Plait-il ? m’étonnais-je sans pourtant baisser mon arme ni n’oser tourner la tête vers elle.

– Je vous dis que mon bébé n’est pas de ce vieux fou ! Maintenant, laissez-moi en paix. Déjà que j’ai dû quitter Paris et ma place à cause de ses grippe-sous de neveux, cela suffit bien !

Le père apparemment légitime nous tenait toujours en joue. Lequel de nous deux en particulier je n’en étais pas certain, mais je tendais à parier que ce devait être moi. Plus confiant sur la douce nature d’une femme. S’il savait !

– Fichez l’camp ! insista l’homme avec peu de subtilité et sans vraiment réfléchir à ses mots. Comme si la chose était aisée. Nous étions encore à nous tenir en joue l’un l’autre que diable !

Je ne le regardai pas, ne m’occupai pas de lui, mais portai mon attention sur ma rivale.

– Madame, il semblerait que la mission n’ait plus lieu d’être.

– Fort dommage ! C’était pourtant bien amusant de vous côtoyer. Vous êtes bien loin de l’homme que l’on dit. Ainsi, le mariage vous aurait changé, dommage en effet.

Ses paroles mystérieuses ressemblaient presque à une menace et l’envie de baisser mon arme me quitta, à peine fut-elle envisagée. Mais elle poursuivit.

– Je propose que vous baissiez votre arme, ce charmant monsieur qui vous tient en joue m’assurant que vous demeuriez sage. Quant à moi, je vais reprendre ma route et m’assurer que nos chemins ne se croisent plus pour cette fois.

J’hésitai, mais je constatai qu’elle tenait parole, baissant son arme et me tournant allègrement le dos. Ce ne fut qu’au moment où elle l’eut remis sous sa scelle que je baissai le bras. Mais sans lâcher le chien et la gâchette.

Et Anne de Breuil alias Milady de Winter repris sa route, s’effaçant peu à peu de ma vue. Notre mission commune étant déclarée nulle, car l’enfant n’était en fait une menace pour personne. Du moins pas pour l’héritage auquel nous le croyions destinés. Je fis mine basse devant l’heureux père afin qu’il ne tente rien de fâcheux, récupérai Cantor ou je l’avais laissé et repris la route.

Ce n’est qu’à quelques lieues de chez moi que tout enfin devînt limpide. Pour ce qui était de ces mots prononcés ainsi que du parfum imprégnant mes habits. Bien entendu. Tout ceci ne fut pas uniquement en vue d’incommoder mon cheval et de me freiner. Une petite vengeance personnelle sans doute. Vengeance de femme dont on repousse les avances et qui ne doit pas en avoir l’habitude. Ah la rancune féminine !

Je ramenai donc mon cheval au palefrenier afin qu’il s’en occupe et rentrai chez moi. À cette heure, Alexandre devait avoir déjà eu sa tétée et devait dormir tandis que sa douce mère m’attendait certainement à lire dans chambre.

Le parfum typiquement féminin m’accompagnant encore, je fis un tour par la salle à manger. Hors de question qu’elle s’inquiète en le repérant sur mes habits, je me glissai hors de ceux-ci, ne gardant rien et les jetant à même l’âtre afin qu’ils ne soient qu’un souvenir. J’allumai ensuite un feu pourtant bien inutile en cette saison. Dommage, ce manteau m’allait plutôt bien, mais quoi de mieux que ces retrouvailles, arrivant de la sorte, nu, afin de lui signifier combien elle m’eut manqué. Et de le lui prouver dans l’heure.