Gaëlle Laurier

Auteur de romances

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Un enfant de trop, un parfum comme arme


Séraphin.

C’est en raccompagnant Madame de Breuil jusqu’à sa chambre que bien des choses risquaient de se jouer. Je le sentais d’instinct. Entre les quelques allusions finement glissées dans la conversation et ses minauderies, tout portait à croire qu’elle tentait de s’acoquiner afin de me rendre plus malléable. Quelle technique formidable ! Appréciée par ces dames jouant de leurs charmes pour convaincre et soutirer des informations. Comme si je n’avais jamais usé de cela moi aussi. Elle aurait dû le savoir pourtant. Où pensait-elle que le mariage m’ayant éloigné de mes frasques de cour libertine, tout cela me manquait ?

Soit ! Appuyée contre le chambrant de sa porte au moment de lui souhaiter une bonne nuit, elle tenta de nouveau de m’attirer dans sa toile et je déclinai poliment. Elle se montra bonne joueuse, m’offrant alors un visage sans contrariété.

Je fermai bien entendu ma porte à clé tout en me doutant qu’il devait forcément exister un double gardé par l’aubergiste. Et donc, potentiellement accessible avec un peu de savoir-faire. Gardant chemise et pantalon pour dormir, plus pratique au cas où il me faudrait subitement courir hors du lit, un mousquet sous la couverture, une lame coincée entre le chevet et le mur. Bien, j’étais paré à ne dormir que d’un œil.

Je songeai à ma douce Belle, que sa peau me manquait. Je n’étais plus habitué à dormir ainsi loin d‘elle. Et surtout à ce qu’elle irait imaginer de savoir avec quel genre de femme j’avais passé la soirée. Même si ce n’était que par pur esprit professionnel. Pourquoi irais-je chercher ailleurs ce qui m’attend chez moi et mieux encore puisque nos cœurs étaient liés. Risquer ainsi de la décevoir, de la peiner.

Je me sentais glisser vers un sommeil de plus en plus nécessaire lorsque mon nez fut pris à parti de violente façon. Jamais je n’avais eu l’occasion d’expérimenter un rêve ou un parfum pouvait s’avérer aussi entêtant. Une fragrance fine de jasmin que je reconnu très vite, celui de cette chère voisine de table de tout à l’heure. Se serait-elle introduite dans ma chambre ? Dans quel but ? Me tuer ? Me faire suffoquer serait plus juste ! Je l’attendis de pied ferme et prêt à tout, mais ses pas légers ne s’approchèrent pas du lit. Elle sortit comme elle était entrée, laissant juste cette odeur prenante derrière elle.

Quelle diablerie était-elle donc en train de préparer ?

Je me levai prestement afin d‘ouvrir les fenêtres et m’aérer, mais cela demeura. Au matin, elle avait déjà quitté l’auberge, forcément, et je compris alors ce qu’elle avait manigancé sans pour autant cerner la raison à tout cela. Mon manteau ainsi que ma chemise de rechange étaient aspergés de son parfum. Et plutôt que de m’y noyer une fois de plus je ne me changeai point. Quelle belle impression ferais-je à cette chère Bernadette si je la débusquais ainsi, mais soit. Par contre l’odeur de mon manteau mettait même Cantor mal à l’aise. Intérieurement, je le plaignais, ses naseaux aux sens plus aiguisés devaient prendre cher.

Il piaffait par moment, éternuant et j’en vins à m’excuser à voix haute alors que nous arpentons les rues du village de Pinon. Je m’informai auprès d’un paysan local à propos de l’adresse fournie par la matrone, cela trouvait non loin de l’Église. Fort pratique. Quel bâtiment ne pouvait être aussi visible à la ronde ?

Un cheval me précédait dans cette rue qui y menait tout droit, une cape d’un bleu sombre familier. Allait-elle toujours se retrouver sur mon chemin ? Évidemment que oui, nous étions tous deux à la recherche de cet enfant. Je mis un coup léger au flanc de mon cheval, lui sommant de prendre de l’allure, mais il me bouda, tourna sur lui-même et éternua de nouveau. Il lui faudrait un moment pour s’y faire. Était-ce cela qu’elle avait prévu ? Me ralentir de cette manière ? En un sens, je la remerciais de ne pas m’avoir drogué plutôt, mais je fus si méfiant hier qu’elle n’en eut peut-être pas l’occasion.

Enfin Cantor se reprit et nous filions à sa suite, tâchant de la rattraper. Et si son ordre fut de faire disparaître le bébé, elle n’hésiterait pas bien longtemps, me sachant moi aussi en route. Une fois de plus, arrivant en vue de la maisonnette alors qu’elle descendait de cheval, le mien piaffa de nouveau. Il ira difficilement plus loin pour l’instant et je me devais de descendre, lancer sa bride vers une attache au mur et me hâter à pied.

Je l’aperçu qui mit pied à terre et l’approchai à grands pas. Arme en main, pointée vers elle.

– Madame. Ou devrais-je dire, Milady. Je vous prie de ne pas vous occuper plus longtemps de cette affaire et de repartir sur-le-champ. Bien que je doute que vous le fassiez à ma simple demande.

– Et vous faites bien de douter, Monsieur.

Elle se tourna, me pointant avec son propre mousquet, celui dissimulé sous sa scelle. Elle ne cilla pas, et vint même à sourire, élargissant sa bouche trop vermeille. Nous voici face à face et en une situation où aucun des deux ne pliera.