Gaëlle Laurier

Auteur de romances

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Un enfant de trop, la halte


Séraphin.

Je me séparai de Madame de Breuil au détour d’une rue plus fréquentable. Mais quelque chose me disait que cela n’en resterait pas là.

Le trajet vers Pinon où devait sensément se trouver Bernadette Charon et donc par extension, son bébé, ne serait que plus rapide si je choisissais de m’y rendre de nouveau à cheval et non en voiture. Et alors que je préparai mon sac, embrassai ma douce Belle et mon petit. Mon nouveau cocher et palefrenier s’occupait de lui donner de bonnes rations pour la route.

Cantor. Parfait compagnon tant pour me mener à bon port que pour me rassurer quant à son sort. Et dire que certaines mauvaises langues diraient que je l’ai moi-même dressé à goûter ainsi les phalanges trop entreprenantes de mes assaillants. Il n’en était rien pourtant. Au contraire. Ce pur-sang capricieux ne trouvait aucun maître souhaitant s’y frotter à cause de ce genre de petit travers. Alors qu’il suffisait de le connaître simplement. En attendant, je pouvais me fier à lui, pour me le voler, il fallait y laisser quelques doigts.

J’avais pourtant promis de ne plus quitter Paris et je m’y tenais le plus souvent possible, mais, allez savoir, était-ce de savoir que le destin d’un petit bonhomme était en jeu me motivait à faire plus que de me renseigner sur sa destination. Je me devais de m’y rendre moi-même et m’assurer de le ramener à bon port.

Une halte en chemin pour la nuit dans l’une des auberges sur la route puis enfin Pinon le lendemain avant que le jour ne tombe. Menant moi-même Cantor aux écuries pour m’occuper de ses soins, je remarquai une monture bien mal en point dans le box tout proche. L’un des employés venant le bander et lui laver les flancs, blancs d’écumes. Sans doute quelqu’un de très pressé à arriver jusqu’ici. Mais qu’importait. J’allais louer ma chambre pour la nuit avant de prendre place à l’une des tables où l’on pouvait se sustenter. Et quelle ne fut pas ma surprise, pour le moins fis-je semblant qu’elle fut comme telle, de croiser le regard d’une femme rencontrée précédemment dans d’obscures conditions. Elle leva sa coupe, me fixant du regard et souriant, se faisant charmante.

– Madame de Breuil… fis-je en m’avançant vers sa table afin de la saluer.

– Monsieur de Monllieu, comme le hasard nous conduit une fois de plus dans un endroit si improbable.

– Hasard, chance ou toute autre chose madame.

– Voudriez-vous vous joindre à moi pour la soirée ?

– Avec grand plaisir.

Ne dit-on pas qu’il vaut mieux tenir ses ennemis plus proches encore que ses amis ? Et je me méfiais de cette femme alors qu’elle recroisait ma route. Mes doutes n’en étaient plus, elle devait forcément être à la recherche de cette Bernadette et de son enfant. Le cheval épuisé et écumant serait-il le sien ? Trop pressée de venir jusqu’ici. Alors elle avait dû questionner la matrone entre temps.

Je pris place face à elle et fit signe que l’on nous serve de nouveau, réglant moi-même. Autant demeurer galant.

– J’imagine que vous ne me dévoilerez rien de votre présence ici, lui fis-je.

– Pas le moindre mot. Bien que… il parait que vous êtes passé maître dans l’art de délier les langues tout en usant de la vôtre avec adresse.

Elle employait ce ton qu’ont les courtisanes de cour, alliant à cela un regard appuyé se fixant dans mes prunelles. Une véritable charmeuse, mais de celles ayant une expérience et une classe bien plus prononcée que celles que l’on côtoie facilement. Quelque chose de dangereux également. Tout à fait à la hauteur de sa réputation. Et si j’avais été le même jeune sot avide de découvertes et de jouissance que je fus à vingt ans, je m’y serai sûrement laissé prendre. Et puis, mon cœur ainsi que mon corps n’étaient plus à prendre. Pourtant, je me disais que malgré tout, je ne dormirais peut-être pas cette nuit.