Gaëlle Laurier

Auteur de romances

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Un enfant de trop, la rivale


Séraphin.

Je m’apprêtai à me mettre en scelle lorsqu’une voix m’interpella. Une fort belle femme je dois dire et aux habits de bonne coupe, alliant bon goût, féminité et esprit pratique. Surtout qu’elle fut elle-même à cheval.

– Madame, la saluais-je, m’en allant à lui servir quelques mondanités.

Mais il ne s’agissait pas de n’importe quelle dame de cour venue se perdre par ici par erreur ou pour s’adonner à quelques actions charitables. Et seule apparemment. Ce qui prouvait qu’elle n’eut pas froid aux yeux ou se sentait tout simplement apte à se défendre. Et le hasard, je n’y croyais guère. Non pas que je songeais à ce que toutes nos actions soient immuables et inscrites dans je ne sais quel grand livre à l’avance. Mais il fallait avouer que lorsque l’on vient se perdre en pareil endroit pour affaire et que l’on y croise Madame de Breuil, dont on sait qu’elle ne fréquente que trop bien son Excellence en personne, voire travaille pour lui, il y avait de quoi supposer bien des choses. Elle ne fit que confirmer mes doutes.

– Séraphin, vous ici. Mais dites-moi tout. Avez-vous obtenu les informations souhaitées ?

– Des informations Madame ? Mis à part que la misère pullule en ces lieux et qu’il faille bien, afin d’alléger le poids de son âme, tenter quelques bonnes actions. Mais je vous en prie, n’allez point raconter tout cela, cela nuirait à ma réputation. Que diraient mes partenaires de jeu s’ils savaient que j’allais dilapider mes gains dans pareils lieux.

Évidemment, je n’allais pas lui confier la raison réelle de ma présence même si, au fond, elle devait s’en douter vu sa question. Soit elle ne faisait preuve que de curiosité, soit elle aussi fut mise sur cette même affaire. Sinon que faisait-elle simplement là ? Et dans ce cas, cela signifiait qu’une autre personne souhaitait retrouver cet enfant, ce qui ne me disait rien qui vaille.

– Mais je ne puis que vous conseiller de ne pas demeurer seule par ici trop longtemps. Une dame de votre qualité ne pourrait qu’y faire de mauvaises rencontres. Souhaitez-vous que je vous accompagne ?

– Votre proposition me touche. Bien que je ne suis pas femme à attendre patiemment qu’on vienne me défendre. Néanmoins, je l’accepte.

Soit Madame de Breuil m’avait démasqué et savait parfaitement bien ce que je tramais par ici, soit elle tenterait de le faire. Mais que ce soit l’une ou l’autre de ces possibilités, l’éloigner de ce lieu où j’avais pu glaner quelques précieuses informations n’était pas un mal. De plus, si jamais nous étions effectivement sur la même affaire, j’avais alors une légère longueur d’avance. Je lui adressai donc un léger sourire en coin.

À moins qu’elle ne m’éloigne volontairement d’ici, laissant un possible acolyte s’acquitter de la tâche d’aller questionne la mégère et sa marmaille. Peut-être aurais-je dû lui soumettre la possibilité de garder le silence, mais ce qui était fait était fait. Je jetai donc un coup d’œil aux alentours, tâchant de repérer un possible homme de main, tout en enfourchant mon cheval et l’invitai à quitter ce quartier assez mal famé je dois dire.

– Aurais-je l’honneur de vous reconduire jusqu’à chez vous Madame ?

– Monsieur, vous devriez vous douter que je n’accorde ce privilège à personne.

Et alors que nous venions d’entamer plus la moitié du chemin nous dirigeant vers un ciel plus clément, je n’allais peut-être pas tarder à me rendre compte de la véracité de sa réputation.

A la sortie d’une taverne, un groupe de trois malandrins, l’un avachit sur un vaste tonneau, les deux autres posés contre le mur de torchis se redressèrent, montrant déjà des dents fort peu entretenues dans un rictus ma foi assez satisfait. De nous voir, j’imagine, plus richement attifés qu’eux même et sans doute comme étant des cibles potentielles. L’un d’eux ne manqua d’ailleurs pas de saisir la bride du cheval de cette chère Dame.

– Ma bonne dame, une petite pièce pour un pauvre bougre.

Tandis que les deux suivants s’approchèrent de mon étalon.

– Je vous conseille de ne point y toucher, il mord. Je vous aurais prévenu. Fis-je d’un ton de plaisantin.

– Allons monseigneur, quelques pièces… Ou bien toute votre bourse, histoire que l’on n’embête pas la p’tite dame ?

Bien entendu, j’étais prêt à lui répondre de façon la plus opportune qui soit, mon arme n’attendant que cela, mais j’étais curieux de voir Madame de Breuil à l’œuvre de son côté. Celle-ci, sans sourciller sortit le plus simplement du monde de dessous ses sacoches, un mousquet qu’elle pointa vers celui s’étant approché. Lui sommant de tourner les talons afin que nous puissions reprendre la route.

Nullement inquiété, je m’en amusais presque du haut de mon cheval à voir la mine étonnée de celui qui se retrouvait à loucher vers le canon qu’elle pointait sur lui.

Sans aller jusqu’à dire qu’il fut hors d’état de nuire, mais du moins tenu en respect, ce fut son acolyte qui, dans je ne sais quel éclair de génie, tenta tout de même et malgré mes recommandations de se saisir de la bride de mon cheval. Mais, ne l’avais-je pas prévenu ? Croyait-il que je plaisantais ? Ma foi non, ai-je la tête d’un menteur ? Non, ne répondez pas à cette question… Mais cette fois, ce n’était pas le cas et Cantor lui croqua les doigts plus vite qu’il n’en fallut pour que je puisse l’avertir à nouveau.

L’homme hurla, tant sous l’effet de surprise que de la douleur certainement. Je pouvais presque l’en plaindre, les tendons mis à mal lui rappelleraient notre bon souvenir un long moment. Il se recula, se tenant la main et me gratifiant tant mon cheval que moi-même de quelques qualificatifs peu aimables.

– Ne vous avais-je pas averti ? Il faut toujours se méfier des étalons, surtout de pures races, ils ont fichu caractère.

Mais il ne voulut s’en tenir là et malgré sa main blessée s’approcha trop prestement pour que je compte lui laisser le temps de se venger de ma monture. Qu’espérait-il au juste ? Mis à part de me voir tirer sur les rennes afin de me tourner suffisamment et lui asséner un coup de botte au visage qui l’envoya en position assise sur le pavé. Un nez, une main. Deux points à zéro.

– Mais plus encore se méfier de leur cavalier. Ç’aurait été avec plaisir de vous dépanner de quelques sous, mais ma bourse est vide et la galanterie m’impose de ne jamais laisser payer une dame. À présent messieurs, assez joué, laissez-nous passer.

Mais j’avais déjà assez perdu de mon temps et afin d’appuyer mon souhait de vouloir poursuivre notre route, je sortis mon mousquet, mettant en joue le troisième larron.