Gaëlle Laurier

Auteur de romances. Découvrez mes univers.

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Whole New World 1.0

In real life 9


À peine rentrés dans nos demeures virtuelles respectives, la séance se termine. Je reviens à la réalité, allongée à côté de lui. Euphorique d’avoir franchi une étape si importante pour tous ceux progressant dans ce jeu. Ne pouvant m’empêcher de sourire. J’observe le dos de ma main droite. La plume n’y figure pas, évidemment, mais pour moi c‘est tout comme.

Thomas quant à lui s’est redressé, il reste un moment immobile à m’observer ayant ôté son casque avant de venir m’aider à faire de même une fois assise.

– Cela à l’air de te faire drôlement plaisir. Alors ? Fière d’être entrée dans le cercle des possesseurs du pouvoir ultime ?

– Très fière oui.

Je me laisse faire, retenant ma respiration lorsqu’il me semble être trop près de moi, ne souhaitant pas risquer de voir mon cœur s’emballer. Pourtant c’est bien ce qui arrive, mais sans crainte, d’une façon différente, agréable même. Mais son visage se fait plus sérieux. L’heure tourne et mon père ne tardera plus, pourtant il se lance sur une voie que je n’avais pas prévue.

– Eléa ? commence-t-il. J’aimerais que… enfin si cela ne t’ennuie pas… que tu me racontes ce qui s’est passé. Tu n’as pas toujours été effrayée par les gens n’est-ce pas ? Ta mère ne m’en a pas dit grand-chose. Ce ne doit pas être simple à vivre. Pourtant une fois dans notre monde, tu sembles tout à fait à l’aise. J’aimerais comprendre, poursuit-il, l’air embarrassé.

Ce n’est pas une histoire que j’aime particulièrement raconter, ayant du le faire plusieurs fois depuis les faits. Même le Docteur Martin évite de ramener ce sujet trop souvent lors de nos rendez-vous. Mais je pense qu’après tout ce que Thomas aura fait pour moi, je peux faire cet effort. Malgré un début difficile, j’ai aujourd’hui suffisamment confiance en lui. Il ne se moquera pas, et ne me jugera certainement pas.

On frappe à la porte coupant court alors que je me préparais. C’est mon père venu me récupérer. Une fois chez moi, plutôt que d’aller me coucher, j’allume mon ordinateur. Il n’a rien du sien, bien plus sophistiqué, mais me permet au moins de travailler.

thomas.evans@evans.org

Désolée de n’avoir pu répondre tout à l’heure même si ça n’aurait pas été simple à faire. Mais ce sera sûrement plus facile de t’écrire plutôt que de te le raconter de vive voix.

Enfin voilà.

Il y a plus de deux ans maintenant, je venais d’entrer au lycée. Mes parents avaient opté pour une école privée, confiant sur l’aspect sécurité, mais cela n’empêcha rien. J’attendais mon père, il pleuvait un peu et je m’étais mise dans l’entrée plutôt que de l’attendre dehors. Il était en retard à cause d’un groupe de manifestants barrant les rues. C’était également le jour ou l’une des premières émeutes éclata en ville et l’établissement ne se situait pas bien loin du centre.

À vrai dire, je ne me souviens pas des détails et c’est peut-être mieux ainsi. Ils devaient être trois ou quatre. Le genre de petit groupe qui sème la terreur dans les couloirs. Je ne les connaissais pas vraiment. Le gardien les a fait fuir, mais le mal était fait. J’avais une côte brisée, le poignet gauche également, une fracture du crane. Je ne saurais sans doute jamais tout simplement pourquoi, ce qui leur a pris alors que je n’étais ni une menace, ni spécialement voyante. Je n’étais personne.

Depuis je hais les hôpitaux, je dois voir quelqu’un qui tente deux fois par mois de me faire revenir à une vie normale, sans l’angoisse que cela recommence à tout moment et évite toute personne susceptible de me faire du mal. A savoir, à peu près tout le monde. Je ne contrôle rien de ce côté-là. Je ne sors plus seule non plus. À vrai dire, c’est sans doute ce que je ressens le plus depuis, la solitude.

J’étais en larmes devant l’écran. Tentant de chasser les images qui me revenaient et de réguler ma respiration. Le message fut envoyé presque par accident, mais eut très vite une réponse.

elea.rose@mon-mail.com

Merci de t’être confiée à moi. Mais je veux que tu saches que tu n’es pas seule Eléa. Et je ne parle pas que de tes parents. Il y a moi aussi. Je suis là si tu en as besoin.