Gaëlle Laurier

Auteur de romances. Découvrez mes univers.

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Journal d'un espion

L’héritier et la faucheuse


Séraphin.

Je suis un grand bavard, vous l’aviez remarqué, tant par la parole que par la plume. Mais je dois avouer que cette page sur laquelle j’écris est demeurée bien longtemps blanche avant de pouvoir de nouveau y déposer quelques mots.

Car mes sentiments furent durement scindés en deux opposés d’égale douleur. Tant Annabelle, ma tendre épouse, ma Perle avait fait de moi le plus heureux des hommes, tant par notre union que l’annonce qu’elle me fit dès le début du printemps que cette merveilleuse nouvelle fut couverte par une autre qui me coupa pratiquement les ailes. Tel un ciel radieux inondé de soleil subitement couvert d’épais nuages gris. Car le comte de Monllieu, mon père, l’homme qui me tira des sordides rues de Paris, qui fit de moi certes un précieux, mais un précieux vivant, relativement bien traité, éduqué et bien nourri. Ce père était mort.

C’est étrange, ces coutumes de campagne annonçant alors qu’une vie appelle une autre. Que si mon fils devait naître, il fallait alors qu’un aïeul s‘éteigne. Était-ce nécessaire puisque je n’étais que son fils adoptif au fond ? Mon cher frère, Raphaël, eut tôt fait de revenir ventre à terre au domaine. J’avais eu le regret de devoir laisser ma Belle à Paris, mais sa fragilité lors de sa grossesse me faisait craindre un autre malheur et je ne souhaitais perdre personne d’autre avant l’été.

Avocats et notaires eurent droit à de belles promesses tout autant que de menaces afin que soient scindées les terres en faveur du fils légitime qu’il était, mais le testament officiel et ses souhaits à ce propos étant connus de tous ses proches, cela fut divisé en parts égales. Autant dire qu’il fulminait. Je songeais afin de me débarrasser du poids de sa haine à revendre le tout et ne plus apparaître en cette campagne, mais… je n’étais pas seul. J’aurai prochainement un enfant, lui-même aura la nécessité de posséder une terre un jour. Ne fusse que pour s’y réfugier que d’en obtenir de bonnes rentes. Et immédiatement, je fis le nécessaire moi-même. Que tout cela soit à lui si jamais il devait m’arriver malheur un jour… Mieux vaut parer au pire parfois.

Car ce fut un garçon et pauvre de lui, il hérita de mes traits. A la grande joie de sa douce maman. Mis à part le sourire, spontané et franc qu’il obtint d’elle. Pire encore, il hérita de mon prénom selon son souhait. Le véritable, l’original : Alexandre. Je craignais que cela ne lui porte préjudice un jour, comme s’il était empreint de malchance. Mais que puis-je donc refuser à la femme que j’aime ? Il naquit à la fin du mois de juillet, faisant de lui un petit être étrangement joyeux, précoce et plein de vie. Et bientôt ses rires de bambin plutôt que ses pleurs de nourrisson envahirent notre demeure.

Je songeai déjà à lui trouver un précepteur, un maître d’armes ainsi qu’un professeur d’équitation qu’il tenait à peine debout. Le tout sous les regards amusés de ma Belle qui me priait régulièrement d’être patient, qu’il aura tôt fait d’être un homme et qu’il fallût avant cela qu’il demeure un enfant encore quelques années. Mais sans doute que d’avoir connu un début de vie pénible et de savoir à quel point il pouvait être vital d’être rapidement capable de se défendre et d’être indépendant me tournait trop la tête. En attendant, je me sentais comme étant le seul rempart entre les dangers de ce monde et mon fils, ma famille.

Mon paternel avait raison. Qu’il peut être gratifiant d’être père. Que la tendresse qui vous lie à un être de chair que vous savez issu de vous-même peut vous étreindre le cœur à tel point qu’il existe de ces moments désormais ou rien d’autre ne compte que cet enfant et celle qui l’aura conçu. Que toute autre chose est superflue.

Ou presque.

Assurant toujours mes services, j’étais passé d’exécuteur à commanditaire. Mis à part quelques missions dont je préférais m’occuper moi-même.

Oh il est certain que beaucoup diraient que mon mariage n’aura pas changé que mes goûts et mes activités de chambre, mais également mon humeur. Si autrefois, je ne faisais pas vraiment figure charitable envers mes ennemis, il était désormais hors de question de laisser de nouveau un Aurny ou un de Valle risquer d’approcher les miens ou quelconques âmes innocentes. Séraphin était devenu impartial.

Impartial, mais pas sans cœur ! Surtout lorsqu’une affaire comme celle venant d’atterrir dans mon bureau se fit connaître.