Gaëlle Laurier

Auteur de romances

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Ellipse de la Belle: Chapitre 12


Séraphin.

Je n’avais pas le choix ! Seul je n’y arriverai pas. Je sentais ma blessure prête à s’ouvrir à tout moment et la peur de la perdre annihilait toute tentative de stratégie valable. Je descendis les escaliers, beuglant après Gaston et vis la porte de la rue grande ouverte, celle de la chambre de mon serviteur de même. Espérant qu’il ne l’ait pas tué.

Et je me précipitai, évitant toutefois tout geste inconsidéré et remarquai qu’il n’était qu’assommé. Je devais le laisser là, il s’en sortirait et je n’avais pas le temps d’attendre son réveil. Je devais me rendre au plus vite à l’est de la ville et dus seller mon cheval moi-même avant de le monter. Tout ceci, même fait avec précautions me fit ressentir que mes coutures étaient sur le point de craquer. Mais l’image de Belle offerte en pâture au fils d’Aurny que je ne connaissais que trop bien par rapport à ses vices me poussait au-delà de mes limites. J’aurais tout le temps de récupérer ensuite, du moins, je l’espérais.

J’arrivai à l’auberge non loin de l’hôtel des mousquetaires. Avec un peu de chance, je pourrais faire chercher celui dont je venais quémander de l’aide, mais cette chance justement sur laquelle je m’appuyais était au rendez-vous, en la personne d’Athos avec qui j’avais déjà pu faire équipe, mais également ses compagnons.

Premières réactions, un peu moqueuses de me voir en un tel lieu, mais mon air ne prêtant pas à rire, ils m’écoutèrent.

– Ma demande est des plus sérieuses. Une jeune fille, innocente de toute affaire dont je suis impliqué a été enlevée par Monsieur d’Aurny. Il compte s’en amuser pour me faire payer quelques affronts. Je le soupçonne de travailler contre le roi depuis un moment déjà et notre rivalité n’est plus à prouver, mais je ne puis…

J’indiquai, ouvrant le pan de ma veste, ma blessure saignant de nouveau. J’étais comme à bout de souffle m’expliquant plus vite que mon état ne me le permettait.

– Je puis y arriver seul, j’en appelle à votre aide messieurs. Aurny est bien entouré et je n’aurai pas fait deux mètres dans son domaine avant de m’être fait transpercer. Bien que cela me soit égal, mais cette jeune femme doit être épargnée.

Ils se regardèrent un moment, débattirent et de vouloir aider une jeune femme en détresse les motivèrent plus que le reste. J’imaginais que si j’étais venu là afin de réclamer vengeance, ils m’auraient renvoyé chez moi moins poliment.

Ils se levèrent, vidèrent leurs chopines et Aramis stoppa dès lors, me tirant par la manche.

– Cette jeune femme… serait-ce celle qui vous a été promise ? On la dit très belle.

– Il s’agit de ma fiancée en effet, et il est vrai qu’elle porte à ravir son nom, Annabelle.

– Raison de plus mes amis, ne traînons pas plus.

Nous arrivâmes le plus discrètement possible au-devant de la maison des Aurny et même si tout semblait étrangement calme, comme si rien ne s’y tramait, c’est avec soin que des plans furent mis en œuvre. Deux passeraient par-derrière, écartant tout danger de ce côté-là. Deux autres resteraient au-devant, mais dissimulés. Quant à moi, complètement fou sans doute, mais restant méfiant, je me portai volontaire afin de servir d’appât.

Aurny devait se douter que je n’en resterais pas là et que je volerais jusqu’ici, mais pensait-il que je sois accompagné ? Nous le saurions bientôt. Une fenêtre céda au bout d’un moment, me laissant l’opportunité d’entrer et je me glissai alors jusque dans le hall afin d’en ouvrir la porte principale. Mais comme je le redoutais et l’imaginais à la fois, la voix de mon ennemi me surprit avant que je n’atteigne celle-ci.

– Pressé de revoir votre dulcinée Monllieu ? Rassurez-vous elle va bien et il en demeurera ainsi si vous vous montrez coopératif. Donc, tout d’abord, bienvenue dans mon humble demeure, je préférais amplement vous voir sur mon propre terrain plutôt que chez vous à vrai dire, je me sentirai plus à l’aise afin de négocier.

– De quoi voulez-vous parler ? lui fis-je, de face à présent.

La porte n’était qu’à quelques pas derrière moi et j’avais déjà remarqué le verrou qui la tenait fermée alors que mes comparses étaient juste derrière elle. Aurny descendit les marches de l’escalier depuis lequel il s‘était adressé à moi et, comme si cela ne suffisait pas à sa petite mise en scène, deux de ses hommes apparurent depuis son cabinet, venant à ma rencontre, mais sans m’approcher de trop près cela dit. Pour un peu, j’aurais été ravi de constater que ma réputation m’avait précédé.

Bien que la douleur à mon flanc fut réelle, je me laissai aller à en ressentir les effets, y portant ma main, ouvrant largement ma veste afin qu’il voie la trace de sang. Puis je me redressai comme si je n’avais rien voulu en montrer. Ils me croiraient ainsi sans doute plus faible que je n’étais, nullement pour qu’ils en éprouvent de la pitié, mais qu’ils baissent leur garde me croyant déjà bien entamé. Ce qui se trouvait être bien proche de la vérité cela dit, mais cela m’offrait un maigre avantage.

– Je parle de cette affaire sur laquelle vous m’avez devancé et je demande donc réparation. Et en échange de votre dame, des confessions complètes sur vos agissements.

– Vous êtes complètement fou, cela causera ma perte, mais également la sienne. Et vous le savez !

– Pas si elle quitte Paris dès ce soir et se fait oublier. Je vous laisse seul juge.

Même en quittant Paris, qu’adviendrait-il d’elle ? Elle se verrait forcée de retourner chez son père qui s’empresserait de la fiancer de nouveau au premier venu ? Ou logerait chez les miens, pris de pitié, mais devant faire face aux railleries de mon cher frère. À compter que ces aveux ne remontent pas jusqu’à eux. Ce qui serait certain. Signer cela de ma main serait la vouer soit à un nouvel époux soit au couvent à vie, n’ayant ni fortune ni rien à offrir que sa beauté. Et je la voyais mal la vendre, douce et tendre qu’elle fut. Cette idée fut la plus ignoble de toutes. Et plutôt que d’accepter, ce fut ma rage qui parla et je dégainai mon fleuret, préférant le défier que de lui obéir.

– C’est vous, Monllieu qui êtes fou, vous êtes à moitié mort sur ma porte et voulez vous battre contre moi ? Soit, vous signerez tout de même ces aveux, quitte à ce que ce soit de votre sang et dans un dernier souffle.

Il dégaina à son tour et descendit les dernières marches courant presque vers moi. Il ne me ferait aucun cadeau, je le savais, il n’y a qu’à lire dans ses yeux. Et nous échangions quelques coups, me sauvant la mise par quelques douloureuses parades. Heureusement, ses hommes n’intervinrent pas, laissant cela se faire à la loyale. Pour autant que ce soit compris comme tel vu mon état. Et alors que les fers se croisaient et les mouvements s’enchaînaient, je parvins à cogner du pied dans le verrou.

Les deux spectateurs voulant alors intervenir voyant les mousquetaires pénétrer ainsi dans le logis se faisant assommer sans autre forme de procès par les deux autres qui, attendant le moment propice et après avoir mis hors d’état de nuire ceux qu’ils avaient croisés en route. Face à face, Aurny et moi-même, ma blessure béante à présent et le souffle coupé par la douleur. Je le tenais toujours en joue, le sommant de faire chercher ma promise et qu’aucun mal ne lui soit fait.

Il rechigna, tenta de gagner du temps et c’est avec effroi que j’imaginai le pire. L’aurait-il déjà… Je me pressai, le bousculai au passage et montai au premier, me tenant à la rampe.

– Monllieu ! me cria Athos avant de me suivre. Ses compagnons gardant précieusement notre hôte en respect.

Je défonçai une porte, une seconde ensuite, criant son nom et finis par entendre quelques bruits de derrière une autre. Fou je l’étais oui, à l’idée de découvrir une scène horrible et ne songeai à plus rien qu’à cela.

Je m’engouffrai enfin dans la pièce où elle était attachée par les poings au pied d’un lit, à même le sol alors qu’Aurny fils, à demi débraillé proposait l’une de ses bottes à son visage. Il se tourna alors vers moi, la bave aux lèvres et bien loin du beau jouvenceau qu’il fut tant son visage était rongé par de terribles sentiments.

– Ainsi c’est pour cette femme que tu m’auras délaissé ! Moi qui te pensais sincère à mon égard ! Mais regarde là bien ta traînée, bientôt elle ne ressemblera plus à rien, juste bonne à me lécher les bottes.

Je vis rouge, la douleur me transperçait, mais plus encore, la crainte qu’il ne la frappe ou ne tente pire encore me submergea. Sans compter la haine de le voir ainsi l’humilier.

– Il ne s’est jamais rien passé entre nous, songez-y bien. Vous vous êtes endormi telle une loque pour ne vous réveiller qu’au matin. De quels ébats vous souvenez-vous donc ? Citez-m’en un seul ! Si ce n’est ceux que je vous ai rapportés et mis en tête. Vous n’avez jamais compté, je ne voulais que faire tomber votre père à travers vous. Vous n’êtes qu’un pantin, je vous ai utilisé.

Mes mots étaient durs et le choquèrent, mais tel était le résultat que je souhaitais, qu’il s’en prenne à moi et s’en éloigne. C’était chose faite, il s’approcha, la main levée prête à me frapper et m’assigner une gifle plutôt qu’un coup de poing. Je reconnais bien là ce faible qu’il avait toujours été. J’aurais peut-être dû éprouver de la pitié alors qu’il s’effondra à mes pieds, geignant comme une femme, mais je le laissai à son sort. J’avais été cruel et je le savais, mais lui, combien de jeunes filles pures ou même de jeunes gens encore naïfs avait-il pervertis, poussé à la disgrâce. Je n’étais, à côté de lui et malgré son caractère d’apparence fragile en cet instant, qu’un amateur.

Athos me suivit et observa, un sourcil levé, celui qui s’étendait en larmes à genou sur le plancher. Il le releva alors et le traîna afin de l’amener en bas auprès de son père. Enlèvement, séquestration, sans compter les griefs que je pourrai ajouter d’ici peu à leur actif vu les activités sur lesquelles j’enquêtais, ils étaient bons.

Quant à moi, je m’approchai d’elle et tombai à genou, ne pouvant faire autrement, épuisé, craignant de la voir blessée, mais je me rassurai, elle n’avait rien. Elle était malgré tout en larme et craintive de voir s’approcher encore quelqu’un si brusquement et je me le reprochai à présent terriblement. Je tirai l’une de mes lames dissimulées dans mon soulier et la détachai, la pressant ensuite sur mon cœur, ne songeant plus que le doux tissu de sa robe ne pouvait être maculé de mon sang. Combien en avais-je perdu ? Mais cela en valait la peine. Les mousquetaires étaient là, la situation en main, elle était sauve et toute la pression qui me fit tenir jusqu’alors s’effaça alors que je sombrai contre elle.