Gaëlle Laurier

Auteur de romances. Découvrez mes univers.

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Élémentaire Miss Hudson

Chapitre 1


C’est suite à une histoire surprenante que je me retrouvai avec pour mission aujourd’hui, de faire visiter l’appartement du premier étage à deux personnes. Des étudiants. Nous étions à la mi-août et moi-même je logeais dans le studio du rez-de-chaussée du 221B Baker Street. Juste à côté du petit pub brasserie assez pittoresque situé à la lettre A. Étant la nièce de la propriétaire des trois immeubles consécutifs marqués des mêmes chiffres, cela me permettait de ne pas payer de loyer. En échange, je faisais office de syndic. L’on pouvait voir cela comme du favoritisme, mais l’opportunité était trop belle car moi aussi, j’entrai à la faculté de lettres dès la rentrée prochaine. Merci tante Molly !

La visite devait se faire en début d’après-midi et si l’un des deux candidats était ponctuel au point d’être arrivé dix minutes avant l’heure prévue, le second ne s’était toujours pas présenté.

– Bonjour, James Watson, je viens pour l’appartement au premier étage, c’est Madame Hudson qui m’envoie, me résuma-t-il d’une traite.

– Ravie. Élisabeth Hudson. Je suis chargée de la visite et j’habite au rez-de-chaussée, souriais-je, espérant ainsi qu’il se détende un peu.

Il semblait nerveux, plus que l’on pourrait l’être pour une simple visite. Ou alors craignait-il que quelque chose se passe mal ? À moins d’imaginer que le retard de son ami ne joue en leur défaveur. Pourtant, il n’y avait pas de quoi s’inquiéter. Car c’était là que l’histoire contée par ma tante prenait toute son importance, leur assurant une priorité absolue sur les lieux. Pour autant qu’ils soient intéressés. Mais cela lui tenait à cœur de les dépanner.

Je proposai donc à ce James d’en faire le tour. Une cuisine, ouverte sur la pièce à vivre. Équipée, mais disposant tout juste de la place nécessaire pour y glisser une table et des chaises au centre. Un savant mélange entre le moderne et l’ancien selon moi. Mais le loyer pour tout cela était correct. À savoir, très bas. Le salon ensuite, meublé comme le reste de l’appartement, au papier peint d’époque et aux teintes sombres. Les seules touches de gaieté étant deux ou trois accessoires typiquement britanniques ou aux couleurs du drapeau anglais. Une chambre ainsi que la salle de bain à l’arrière. Au second étage, une chambre donnant sur l’avant.

James Watson observa minutieusement le tout, acquiesçant silencieusement de la tête lorsque je lui énumérai certains détails sur les lieux. Il me posa d’ailleurs quelques questions pertinentes au passage. L’état n’était pas… comment dire… disons qu’on ne fait pas de neuf avec l’ancien. Et il y avait de quoi se plaindre, mais jusque-là, ma tante m’avait assuré que malgré l’âge de la plomberie et des installations électriques, tout était opérationnel. Il grimaça légèrement, mais sembla s’en contenter.

– Cela va pour moi, fit-il finalement et ajoutant que vu le montant du loyer et leur situation, c’était un coup de chance.

De la chance ou une manière d’être remercié du coup de main. En effet, ma tante était non seulement propriétaire des lieux, mais également gérante d’une petite agence immobilière ici à Londres. Et depuis quelque temps, des faits curieux se produisaient dans les communs de l’un des immeubles qu’on lui avait confiés. Des bruits suspects, des traces de passage voire même de vie dans les sous-sols, mais aucune trace d’effraction. Manifestement quelqu’un parvenait à pénétrer dans les lieux, y séjourner un moment et disparaître sans pour cela être vu de quiconque. Pas même de la caméra de sécurité pointée vers la seule issue. La police piétinait. Et vu le caractère peu prioritaire de la chose puisqu’il n’y avait ni vol ni agression ni même vandalisme au fond, l’inspecteur chargé de l’affaire la dirigea vers un duo d’étudiants qu’il déclara comme très doués pour élucider ce genre de mystère. Perplexe, mais n’ayant de toute manière aucune autre aide en vue, elle accepta. Les locataires se plaignant beaucoup.

– Il ne va plus tarder, fit James tout en observant sa montre pour la énième fois.

Il parlait bien entendu de son ami et colocataire, mais aussi de celui ayant résolu l’énigme du « fantôme du numéro 17 ». Nous étions assis de face, lui dans le canapé moi dans l’un des fauteuils depuis une bonne heure et si la première partie de cette attente m’avait semblé filer à un rythme rapide vu que nous discutions encore du logement, la seconde tirait en longueur.

– Ainsi vous… vous êtes syndic de cet immeuble ? demanda-t-il.

– Oui, mais pas officiellement. Comme je loge sur place, je peux faire le pont entre les locataires et ma tante. Enfin, je veux dire, Madame Hudson, la propriétaire.

Je n’aimais pas trop mettre cet état de fait en avant, mais l’habitude de la nommer « ma tante » était sorti par réflexe. Ma sœur et moi passions beaucoup de temps auprès d’elle lors des fréquents voyages de nos parents. Sans compter ces deux dernières années durant lesquelles je n’avais fait que squatter sa chambre d’amis. Préférant ne plus retourner chez moi. Cela me semblait prétentieux au final que d’être ainsi une sorte de privilégiée. Je préférai donc couper court à cela, ajoutant ensuite que j’étais étudiante.

– Ah ? En quelle matière ? me questionna-t-il au moment ou la sonnette retentit. Ce doit être lui ! s’empressa-t-il d’ajouter tout en se levant, soulagé.

– Pas trop tôt, murmurais-je.

Bien que je comptais réserver une partie de l’après-midi à cette visite, il me tardait de retourner terminer la rédaction de mon chapitre douze laissé en plan et en pleine intrigue. Je me précipitai afin d’ouvrir via l’interphone et des pas lourds montèrent l’escalier en toute hâte.

– Navré d’être en retard, fit le jeune homme en arrivant.

Grand et mince, se tenant droit d’une façon un peu pédante, menton relevé. Et sans même porter plus qu’un simple regard périphérique à la pièce, il s’exclama d’un air convaincu tout en reprenant son souffle.

– Inutile de perdre notre temps James, cela ne conviendra pas.