Gaëlle Laurier

Auteur de romances. Découvrez mes univers.

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Journal d'un espion

Ellipse de la Belle: Chapitre 11


Annabelle.

Je les entendis discuter depuis la chambre et demeurai presque sous le choc de la nouvelle venant de se confirmer à l’instant. J’aurais dû m’en réjouir au fond. Que l’homme qui aura ravi mon cœur fut en fait celui-là même que je devais épouser. Quoi de plus merveilleux ? Mais alors, pourquoi me mentir ? Quel but aura eu toute cette comédie ? Celui de me tester ? De m’autoriser à prendre un amant en son absence afin de s’assurer que je lui serai fidèle ? Si ce n’était cela, je ne comprenais pas tout à fait. Et lui-même ? Lequel des deux est-il exactement ? Le libertin aux mœurs et connaissances douteuses ou ce gentilhomme, élégant, mais tout à fait convenable et rempli de courage ? J’étais perdue… Et voilà que ce soir, tout se jouait, qu’un homme, de ses ennemis vraisemblablement, vint à s’inviter si brutalement.

Je tendis l’oreille, ils parlaient de moi, il souhaitait me voir. Mais mon fiancé m’ayant demandé de ne pas me montrer, je demeurai derrière la baignoire, le dos contre le mur froid.

– Chère Mademoiselle de Bront, si vous ne me montrez pas votre charmant minois d’ici à dix secondes, je peux vous assurer que vous serez veuve avant même d’avoir goûté à vos noces. Un ! Deux ! ...

Étrange dilemme. Désobéir et le sauver ou demeurer là comme il me l’avait demandé. Pourtant, sans avoir bien pesé le pour et le contre de cette décision, je me levai et quittai ma cachette. Je ne pouvais le laisser à sa merci alors qu’il ne souhaitait que me voir. Ou étais-je bien naïve de croire qu’il s’en tiendrait là.

– Ah ! Vous voici ! Approchez donc.

– Non ! Annabelle, fuyez d’ici, ne vous préoccupez de moi en aucun cas !

Fuir ? Mais pour aller où ? En pleine nuit ? Dans la demeure des domestiques peut être et je me hâtai vers la porte, mais cet Aurny me saisit le bras à mon passage, me tira violemment à lui, me pressant de rester.

Depuis le lit, un déclic se fit et je vis Séraphin pointer une arme dans sa direction. Sans hésiter, Aurny se plaça alors derrière moi, se faisant un bouclier de ma personne et me tenant par le cou. Impossible de s’en défaire, l’air me manquait alors qu’il me le serrait bien trop. Pourtant je tentai de desserrer sa prise, tirant des deux mains sur son avant-bras, mais rien n’y fit. Il posa enfin le canon de son pistolet sur ma tempe.

– Je l’emmène avec moi, cela fera une compagne de jeu pour ce fils que vous avez si bien corrompu mon cher Monllieu.

– Votre fils l’était déjà bien avant moi, sachez-le. Laissez la partir, c’est de moi que vous voulez vous venger, elle n’y est pour rien.

– Justement. Que pourrais-je vous faire qui ne vous causerait plus de tort. Pas d’imprudence Monllieu, je vous la rendrai à l’aube.

Je le vis tenter de se relever et je secouai la tête. Il était encore trop faible. Et qu’insinuait cet homme en parlant de compagne de jeu ? Du même jeu dont il était question l’autre jour au petit salon ? Je tentai de me débattre, qu’il me lâche, mais sa prise m’étouffait un peu plus à chaque mouvement et je manquai de m’évanouir.

Aurny quitta les lieux à reculons, me forçant à le suivre et me tenant toujours en joue afin d’assurer sa fuite. Il savait que Séraphin ne tirerait pas et profita de sa faiblesse à mon égard.

Et c’est après avoir dévalé les marches manquant de m’étrangler tout à fait à chaque pas, qu’il me força à monter dans une voiture et m’emmena je ne sais où, terrorisée et glacée.