Gaëlle Laurier

Auteur de romances

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La dame de cœur et le valet de pique - Partie 3


Séraphin.

Au cours de ma vie, l’on me ressassa sans cesse que l’on avait toujours le choix. Et bien je tends à croire que ceux qui ont l’audace d’insister avec cette citation passe-partout n’auront jamais eu à choisir entre servir son Roi et empêcher que l’on ne violente sa femme.

Je connaissais de Valle et savais de quoi il était capable, de ce qu’il nommait « ses jeux » avec les dames. Il ne parut pas surpris de voir Annabelle avec moi, pensant qu’il s’agissait certainement d’un présent. Un « jouet » aurais-je du dire pour être exact. Il n’était pas rare d’user de stratagèmes pour s’assurer de la réussite d’une affaire. Et une charmante compagnie figurait en tête de liste de ces petites attentions. Mais ma douce Belle risquait plus que sa vertu à ce jeu, elle y risquait sa vie. Et l’un comme l’autre, inutile de dire qu’il en était hors de question. Je dû jouer le jeu, son jeu malsain qui la mena allongée sur son lit. Je voyais déjà ses mains aux longs doigts fins bardés de bagues précieuses lui démanger à l’idée de lui tenir le cou durant l’acte, l’étouffer jusqu’à trépas. Et comment savais-je qu’il était capable de cela ? Devinez.

Non, je n’étais pas fier de tout ce que fut ma vie, de ce que je dus faire et laisser faire pour obtenir gain de cause. Mais jamais je n’aurais supposé qu’il tue cette pauvre fille cette fois-là. Après cela, inutile de dire que je n’avais plus souhaité continuer à le voir. J’abordais ma mission sous quelques faux prétextes, il regagna le sud et nous ne nous étions plus revus.

Oui de Valle était dangereux, plus encore lorsqu’il se savait intouchable. Comme maintenant. Tant par l’importance de ses relations à la cour et ailleurs, mais également parce qu’il agissait tel un diplomate en quelque sorte. Mais je tenais la lettre que j’étais venu chercher et l’ordre était qu’une fois en ma possession, sa peau ne valait plus grand-chose. Mais il était trop proche d’elle pour que j’en appelle à l’arrivée des mousquetaires afin qu’ils l’arrêtent. Non bien trop près et trop armé. Je l’en délestai, allant minauder quelques attentions pour éviter qu’il ne se doute de quoi que ce soit.

– À quoi joues-tu mon ange ? s’indigna-t-il alors.

– Je ne joue point, pas cette fois et jamais je ne te laisserai la toucher, car celle-ci est ma femme !

Surpris et se retrouvant d’égal à égal sans son arme, je le retournai d’un mouvement vif, le jetant dos contre le lit et le frappai tant que je pus.

Annabelle se recroquevilla, se tenant la tête et surtout les oreilles de ses mains. Sentant sans doute les sursauts du matelas à chacun de mes coups, les plaintes de cet homme et je n’arrêtai pas tant que je ne fus certain qu’il soit bien inconscient. Tant la peur de les voir dans cette posture, imaginer la suite dramatique que cela aurait pu prendre que la frustration me piquant à vif m’avait conduit aisément vers cet accès de violence que je me reprocherai sans doute plus tard, lui ayant infligé ce spectacle. Il m’avait fallu beaucoup de contrôle pour ne pas continuer jusqu’à le tuer.

– À moi ! lançais-je afin de provoquer l’entrée des mousquetaires comme il était convenu.

Ceux-ci déboulèrent dans la chambre et je m’ôtai de dessus cet ancien amant qui me dégoûtait une fois de plus. Il fut rapidement examiné puis emmené.

– Merci de ne pas nous l’avoir tué de suite Monllieu, vous n’y êtes pas allé de main morte, me fit Aramis.

Mais je n’écoutais pas, je n’avais pas à me préoccuper de son avis en cet instant. J’allai vers ma Belle, la redressant et la prenant contre moi. Le mousquetaire plissa des yeux et s’emporta.

– Êtes-vous fou d’entraîner votre propre femme dans vos histoires ? Vous savez qu’elle aurait pu…

– Je sais ! lui aboyais-je. Ceci ne vous regarde en rien. Vous avez votre homme, grand bien vous fasse. Laissez-nous à présent.

– Bien. Mais nous serons amenés à en reparler, croyez-moi ! fit-il assez sèchement.

Je la gardai contre moi alors qu’ils débarrassaient le corps et la place, nous laissant enfin seuls. Pauvre et douce perle. Ma perle. Dans quoi l’avais-je entraînée malgré moi. Dans ce que je craignais dès le départ, qu’elle souffre à cause de mes actions. Mais elle avait été étrangement docile et courageuse. J’en étais fier quelque part, mais peu fier de moi.

– Vous auriez dû m’écouter et rester chez nous, quelle idée vous a pris de me suivre ?

Elle mit un temps à répondre et je craignais qu’elle ne soit traumatisée de tout cela. Je lui redressais doucement le visage lorsqu’enfin elle se déclara.

– J’ai cru que… que vous étiez… avec une personne…

Elle cherchait ses mots et je l’encourageai du regard à chacun d’eux afin qu’elle continue.

– Une personne dont vous préfériez la compagnie plutôt… que la mienne.

– Me pensiez-vous avec un amant ? Madame ?

En réalité, elle n’avait pas tort. Cela aurait certainement tourné ainsi. À contrecœur bien entendu, mais je n’y aurais sans doute pas échappé.

– Je vous en prie, ne soyez pas fâché.

Fâché, je ne l’étais aucunement. J’étais moi-même d’un tempérament jaloux lorsqu’il s’agissait d’elle. Sentiment qui me paraissait bien puéril autrefois. Et j’étais certain d’agir comme elle le fit si j’avais eu le moindre doute. Enfin, j’aurais sans doute massacré l’amant bien plus rapidement si les choses avaient été inversées. Alors, lui en vouloir… Je lui cachais déjà trop de choses, elle n’avait pas dû comprendre à quel point tout cela était compliqué.

Je la pris dans mes bras et demandai à ce que l’on amène carrosse et cheval. Jetant un regard qui en disait long au cocher. Il me faudra lui expliquer une dernière fois que l’on n’emmène pas une femme seule en pleine nuit n’importe où. Bougre d’âne ! Voici deux fois qu’il la met en danger, demain ce sera la porte !

L’on attacha mon cheval à l’équipage et je montai avec elle. Sa main si fragile s’agrippant au revers de mon manteau alors que je replaçai sa cape plus agréablement autour d’elle afin qu’elle ne prenne pas froid.

– Je pense que nous devrions parler de tout cela Belle, fis-je à mi-voix. Je ne comptais pas rejoindre un amant, ou plutôt si, mais nullement pour les raisons que vous pensez. Laissez-moi vous expliquer. À une époque, il est vrai que cet homme et moi-même avons partagé le même lit, mais c’était nécessaire à ma profession. Belle, je vous avais dit pourtant que je travaillais au secret.

Je caressai ses cheveux tout en continuant. Sachant hélas que tout cela n’allait pas la rassurer, mais au moins la mettre sur le même pied que moi et savoir ce que nous risquions.

– Vous savez, certaines femmes ont compris depuis fort longtemps qu’il n’y a rien de mieux que d’user de ses charmes pour venir à bout d’un ennemi ou d’en soutirer ce que l’on souhaite. Et voyez, même si je suis un homme, j’utilise ces mêmes armes. Tant pour passer pour un plaisantin inoffensif que pour approcher mes cibles.

Je toussotai. Peut-être ne devais-je pas annoncer les choses ainsi, si directement. Elle finirait par me craindre ou me repousser. Mais de la laisser dans le doute achèverait le peu de confiance qu’elle avait encore en moi.

– Croyez-moi que même si c’est arrivé, mais laissons cela au passé, je ne fais pas ce genre de chose par pure gaieté de cœur. En un sens, je m’y suis habitué, ces jeux sont devenus machinaux et sans importance.

Je la sentis sursauter, oh très légèrement et préférai ne pas m’engager plus loin dans mes explications, préférant tenter de jouer une autre carte.

– Je suis de ceux que l’on qualifie d’espion, travaillant au service du Roi et de ses proches. Mais sachez madame que je ne souhaite plus continuer sur cette voie. J’ai déjà pris des dispositions afin de ne plus jamais m’éloigner de Paris, de vous lors de missions. Et, peu à peu, je vous le promets, je m’effacerai de ces tâches qui ne pourraient que vous tourmenter. Mais il me faudra un peu de temps encore.

Je la sentis se blottir contre moi, mais elle n’osait toujours prononcer un seul mot, ce qui commençait à sérieusement m’inquiéter.

– Belle, je vous en prie, dites-moi quelque chose.

Et là je paniquai, cherchai son regard, relevai sa délicieuse frimousse vers moi, craignant d’y voir de la peur ou des larmes. Des reproches ou du dégoût. Et même si ses joues étaient encore humides et ses yeux brillants, elle m’interrogea, aussi timidement qu’au premier jour.

– Un espion ? Vous jouiez donc la comédie tout ce temps ? Vous… vous ne vouliez pas réellement passer ces heures avec lui ?

– Bien sûr que non.

– Et… vous comptez ne plus vous mettre en danger désormais, demeurer avec moi… mais… qu’en est-il de moi Séraphin ? De nous ? Que suis-je à vos yeux ? Une gentille épouse ? Un boulet à votre cheville ? Voyez, je viens juste d‘arriver dans votre vie et déjà je la trouble par ma présence, je perturbe vos projets, je vous contrains à… à…

Et faisant cessez tant sa voix qui s’emportait autant que son petit cœur à en juger sa respiration qui s’accélérait tout en parlant, voyant ses yeux rougir de nouveau, je m’empressai de la rassurer d’un baiser.

– Vous êtes ce qui compte le plus désormais, n’en doutez jamais.