Gaëlle Laurier

Auteur de romances. Découvrez mes univers.

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Journal d'un espion

Ellipse de la Belle: Chapitre 10


Séraphin.

Décidément, quelle impression paradoxale que de se jalouser ainsi. Ainsi, elle tenait tant à moi que sa réputation pouvait bien passer au second plan. Bien qu’avec Esther, il valait mieux prendre les choses ainsi. Celle-ci finalement parvint à entrer, Gaston la suivant, mais restant dans le couloir. Je lui adressai un signe, lui assurant que tout allait bien et il se retira.

Était-ce une erreur que de mettre la gouvernante dans cette confidence ? De lui demander que quoi qu’il arrive, elle ne vienne à trahir mon identité devant ma fiancée, et ce, jusqu’à nouvel ordre. Si ma douce perle avait eu le moindre doute à mon sujet, ceux-ci pouvaient s’envoler à présent. Même si la chose fut dite d’une manière qui ne me plut guère.

– Bonjour Mademoiselle, Monsieur. Je suis fort étonnée de constater que Mademoiselle eut déjà fait occuper son lit par un autre. Il est des habitudes de la cour qui s’apprennent vite. Voici votre petit déjeuner, pour deux. J’y ai fait ajouter de ces raisins dont votre fiancé raffole. J’espère que cela plaira à… Monsieur.

Elle quitta les lieux et je me forçai à ne pas lui indiquer de prendre immédiatement ses affaires et d’aller trouver une place ailleurs vu son attitude moqueuse. Mais c’aurait été me trahir. À croire qu’elle se fichait à présent d’être renvoyée, possible qu’elle eut une autre opportunité de travail après tout. Mais cela n’excusait pas ce ton. Et tâchant de me redresser de nouveau, le souvenir de ma blessure se fit plus présent que jamais. Je devais y renoncer.

– Non ! Ne bougez pas, je vais vous l’apporter.

Et ce fut vêtu de son simple habit de nuit qu’elle vola à mon secours, amenant le plateau jusqu’à moi. Se doutait-elle que bien plus que les fruits disposés sur celui-ci, elle en était le plus merveilleux de tous et le plus tentant. Mais la douleur eut heureusement raison de mes ardeurs. Allez songer à l’amour lorsqu’il vous semble que votre chair se déchire au moindre souffle. Je me laissai donc nourrir, tel un enfant par la douce et patiente Belle. Si autrement, cela m’aurait agacé et que j’aurais préféré mourir de faim que de me laisser plaindre ainsi, avec elle ce fut différent. Oui, le cœur a ses raisons et le mien trouble ma raison.

– Pourquoi vous occuper ainsi de moi ? Et risquer de salir votre réputation pour un parfait inconnu ? Je parie que dans l’heure, toutes les gouvernantes du quartier auraient tôt fait d’en dilapider sur votre compte.

– Je n’ai que faire à vrai dire. Qu’elles parlent. J’imagine que si à la moindre incartade, bien que celle-ci soit tout de même de même de taille, il y aurait des choses à redire alors qu’elle colporte. Je m’inquiète bien plus pour la vôtre de réputation ou celle de mon fiancé quoi qu’on dise de lui. Quant à la mienne, entre dépravée ou bigote, j’aurai tout entendu.

– Bigote ?

Ce mot me força non pas à sourire, mais à pouffer de rire. Me contenant rapidement vu ma blessure peu encline à l’humour.

– Qui vous aura affublé de cela ? Quelle espèce d’abruti ?

– Le frère de mon futur époux et… il faut le dire, ancien fiancé lui-même. Je crains que ce ne soit pour cette raison qu’il m’aura répudiée, préférant quelques femmes plus expérimentées dans son lit.

– C’est bien ce que je disais, c’est un sot. Qu’il aille conter fleurette à moins parfaite que vous ma dame, il y perdra quelque chose de précieux qu’un autre saura sans doute mieux apprécier que lui.

Ce fut plus fort que moi et même alité de la sorte, je pris sa main et la portais à mes lèvres. Oh les conventions voulaient que l’on ne touchât point, juste un effleurement, toute une symbolique, mais moi, je ne pus qu’y appuyer mes lèvres, les presser d’ailleurs contre sa peau délicate. La faisant rougir.

– Vous parlez de mon fiancé ? Il ne m’a même pas accordé l’ombre d’une entrevue depuis mon arrivée. Il me couvre de cadeaux et d’attentions charmantes, mais j’aurais préféré le rencontrer. Et enfin, briser ce mystère qui l’entoure.

– Et s’il vous décevait ?

– Au moins je n’aurais plus à m’en inquiéter.

– Et s’il était laid ? Bossu, boiteux, borgne ou que sais-je ?

– Ce n’est pas ce que l’on en dit. Vous-même d‘ailleurs, l’avez qualifié de bel homme.

– J’aurais pu vous mentir. Et par ailleurs, s’il s’agissait d’un menteur, un filou, une créature à double face ?

– Dois-je conclure qu’il s’agit de cela ?

– Répondez. Qu’en penseriez-vous ?

– À vrai dire, je n’en sais rien. Tout dépend de ses raisons. Il doit en avoir certainement.

– Le quitteriez-vous ? Si ces raisons ne conviennent pas ?

– Je n’en ai pas le droit, je lui suis promise par mon père et non de mon propre chef. Je n’aurais nulle part où aller de toute manière.

– Oui, mais… si vous pouviez en décider, le quitteriez-vous ? Pour un autre homme qui aurait pu vous séduire ? Même à demi inconnu ? Même menteur et libertin lui aussi ?

– Mais de qui parlez-vous donc ainsi Monsieur ?

– De personne, laissez… je vous taquinais juste.

Plus fort que moi, que dis-je… je voulais tant savoir si ce qu’elle avait perçu de moi aurait pu compter plus que toutes ces cachotteries, mais je craignais lui faire peur à force et m’en tenais là.

Et c’est tout naturellement que je passais les jours suivants chez elle, enfin chez moi afin de me remettre. Annabelle s’occupant de mon sort comme d’une parfaite petite épouse à vrai dire. Me faisant la lecture afin que je ne m’ennuie guère et m’aidant dans les tâches quotidiennes. Mis à part celle de la toilette forcément, dont Gaston dû s’acquitter en rouspétant quelque peu.

Quant à Esther, nous n’en avions plus vu l’ombre au bout de deux jours et mes doutes quant à son départ pour une autre maison s’étaient confirmés. J’envoyais cela dit Gaston afin de s’en assurer et de trouver le nom de ses nouveaux employeurs. Et la réponse qui m’en parvint ne fut pas la bienvenue.

– La garce !

Ces mots m’échappèrent, fort heureusement nous n’étions que lui et moi à cet instant. Je pouvais de nouveau me lever et faire quelques pas sans trop forcer. Mais ce surnom fut bien légitime cela dit. Ainsi elle me quittait, soit ! Qu’elle aille au diable même si elle le souhaitait. Mais pour la maison des Aurny, ce n’était pas tombé bien loin. Étrange coïncidence peut-être, mais je n’aimais pas cela.

Je me tenais dès lors sur mes gardes. Aurny n’était pas à prendre à la légère. Il avait su se montrer bon joueur et ne pas relever l’affront. Après tout, l’on ne se venge pas d’une vengeance, mais il suffisait que quelqu’un de bien informé en vienne à lui faire quelques confidences sur ce qui se tramait ici pour me rappeler à son bon souvenir. Et s’il y avait bien quelque chose qui m’agaçait plus que la trahison, c’était d’avoir raison sur ce genre de théories.

Il ne se fit pas attendre le bougre et c’est un soir ou ma Belle se préparait à éteindre les bougies qu’un bruit suspect se fit entendre en bas. N’étant pas encore bien apte à trop pavoiser, mais qu’importait si son sort se retrouvait entre mes mains que de risquer de faire se rouvrir la plaie… Belle sembla inquiète et se dirigea vers la porte, mais je la stoppai d’un geste.

– Belle, je vous en conjure restez ici, murmurais-je. Retournez plutôt ce vaste sur la cheminée.

Elle demeura un instant figée, m’observant de ses prunelles immenses puis s’exécuta.

– Oui celui en cuivre. Voyez dessous, une clé est coincée dans son socle. Bien, elle ouvre le tiroir du secrétaire, amenez-moi la boite qui s’y trouve sans l’ouvrir. Maintenant, allez dans la salle d’à côté et restez-y cachée quoique vous entendiez.

Elle me fit signe de la tête, mais son visage se faisait toujours interrogateur. Et il y avait de quoi. Comment aurais-je pu connaître la cachette de cette clé, alors qu’elle l’ignorait elle-même ?

– Faites-moi confiance Belle, même si vous devez convenir que je ne la mérite pas.

J’ouvris le coffret alors qu’elle se dissimula derrière la baignoire de cuivre dans l’autre pièce, en sorti le pistolet et le préparai au plus vite puis glissai le tout sous la couverture. Accueillant dans les temps, comme à la seconde près, celui qui venait à présent de défoncer ma porte.

Il devait s’attendre à nous trouver trop occupés à batifoler, mais n’en perdit pas son air narquois, me pointant victorieusement de son arme.

– Monsieur de Monllieu ! Et dire que tout Paris s’étonne de savoir votre fiancée dans les bras d’un autre et que cet autre, c’est vous ! Ne sera-t-elle pas trop fâchée de cette supercherie ? Ou alors me suis-je trompé ? Et êtes-vous trois dissimulés dans cette pièce ? Ce genre de jeux vous sied à ravir si je m’abuse.

– Ce doit être votre fils qui vous aura rapporté quelques-unes de ses expériences sans doute. Si vous en veniez au fait Aurny.

Piqué au vif et de manière tout à fait volontaire, préférant qu’il reporte toute sa rancœur sur moi plutôt que de se préoccuper de Belle. Mais ce fut un échec.

– Rien de grave, je voulais juste voir cette chère promise, rien de plus.

– En ce cas, prenez donc rendez-vous. En une heure plus décente de préférence et sans défoncer mes portes. À présent, sortez monsieur.