Gaëlle Laurier

Auteur de romances. Découvrez mes univers.

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Journal d'un espion

Ellipse de la Belle: Chapitre 9


Annabelle.

Je n’osai imaginer ce qu’il avait pu penser de moi, à devoir me ramener ivre jusqu’à mon lit. Mis à part cela, je ne me souvenais pas de grand-chose. Juste de m’être réveillée avec quelque douleur à la tête, chose normale lorsque l’on abusait de l’alcool, et que l’on m’avait ôté ma robe, me laissant mes dessous.

Depuis j’espérais, je guettais à ma fenêtre, imaginant à tort qu’il viendrait au moins quémander de mes nouvelles, mais rien, pas même un mot. Mon futur époux faisant lui aussi preuve du même silence. Bien que je n’attendais pas forcément de ses cadeaux juste pour avoir le loisir d’être ainsi gâtée, mais c‘était là le seul lien que nous avions. Je me sentais comme punie de ma naïveté à m’être ainsi laissée prendre. Peut-être l’avait-il su.

J’aurais pu demander à ce que l’on m’emmène jusqu’à un parc ou tout autre endroit fréquentable afin de tromper mon ennui, mais je n’en avais nulle envie et demeurais sagement cloîtrée. J’en avais l’habitude après tout et dans des lieux bien moins luxueux.

Les jours passèrent et je me retrouvais donc dans l’unique attente du jour fatidique puisqu’il me semblait peu à peu ne plus avoir rien d‘autre à espérer. Et même si l’envie n’y était pas, au moins d’être enfin mariée me vaudrait à ne plus me sentir seule, ayant au moins le loisir de passer quelque temps avec cet époux mystérieux.

Une nuit encore où j’eus du mal à m’endormir, quelques bruits en bas me réveillèrent en sursaut et je tendis l’oreille, percevant quelques chuchotements accompagnés de pas lourds dans les escaliers. Était-ce mon fiancé de retour au logis ? En pleine nuit ? Aurais-je enfin le loisir de le rencontrer au matin ? Ou… ou dès maintenant !

Quelque chose butta contre la porte et je sursautai, pensant qu’il allait entrer à tout moment puis plus rien. Je me levai, curieuse, oubliant même de me couvrir et allai pour écouter à la porte. Mais celle-ci s’ouvrit en grand fracas et le corps d’un homme tomba au sol, pratiquement à mes pieds. J’eus là l’une des plus terribles peurs de ma vie, mais bientôt ce fut une autre forme d’angoisse qui me prit, reconnaissant les traits de mon cher Alexandre, mais surtout constatant la large tache rouge sombre qui venait à s’étendre sur sa chemise.

– Juste ciel, que vous est-il arrivé !

Je me jetai à genoux auprès de lui, voulant de tout mon cœur lui venir en aide, mais ne sachant comment. J’appelai alors Gaston, étonnée qu’il n’ait rien entendu de tout cela lui-même.

– Inutile… je l’ai envoyé chercher un médecin, il ne peut vous répondre. Ne craignez rien douce Belle, d’ici peu je serai soigné et vous laisserai en paix. Pardon pour…

Le pauvre semblait souffrir et grimaça, je pus moi aussi que ressentir mon cœur se tordre en le voyant ainsi. Il se tenait le flanc de sa main et me souvenant qu’il fallut presser toute entaille afin d’en faire cesser les saignements, je me précipitai dans le cabinet de toilette, revenant avec quelques linges. Mais mis à part cela, je ne savais comment agir plus profitablement.

Je tâchai de remplacer le tissu totalement imbibé de son sang par l’un de ceux que j’avais ramenés, le tenant moi-même cette fois et tentant de me montrer rassurante alors que ma voix tremblait et mes larmes ne tardèrent pas à glisser sur mes joues.

– Je vous en prie mon bon ami, ne me faites pas faux bon.

– Ne pleurez pas ma douce, je vous assure, il n’en est pas la peine. Je me suis sorti de bien d’autres situations, pire encore. Mais il est vrai qu’a me traîner jusqu’ici, j’ai dû perdre plus de sang qu’il n’en faut pour me garder conscient. Pardon de troubler ainsi votre nuit.

Après un moment qui me sembla interminable, le médecin arriva enfin, précédé par Gaston.

– Je vous en prie, n’allez pas le déplacer jusqu’à la chambre d’amis, mais gardez-le ici plutôt. Je ne voudrais pas qu’il souffre davantage lors du transport et il y mourrait de froid.

Les deux hommes se mirent donc à la tâche. L’un apprêtant le lit afin de le recevoir, l’autre vérifiant l’état de sa blessure à même le sol avant de décider à le bouger. Enfin ils le portèrent sur ma couche.

J’assistai moi aussi le médecin sous ses directives, lui passant un linge frais apporté par son valet, sur son visage. Ils lui ôtèrent ses vêtements afin de dégager le haut de son corps et je ne pus m’empêcher de détourner les yeux voyant l’entaille, cause de tous ses supplices.

– Une méchante entrevue à quelques rues d’ici mon bon docteur, rien de fâcheux n’est-ce pas ? Cela m’apprendra de rentrer trop tard de quelques parties de dés chez des amis.

– Et cela n’a pas l’air d’être la première fois, ajouta le médecin. Celle-ci a failli rouvrir une plus ancienne marquée juste au-dessus.

– Simple, mais vilaine blessure faite durant mon enfance…

Il serrait les dents et grimaçait lors des soins et c’est finalement une fois nettoyé, recousu et bandé que le docteur rentra chez lui, nous ayant assuré qu’avec du repos et bougeant le moins possible ces prochains jours, tout irait pour le mieux. Il repasserait d’ailleurs pour s’en assurer.

Gaston rangea prestement tout ce qui devait l’être et nous laissa. A mon grand étonnement, jamais il ne s’inquiéta de sa présence ici ni même ne mentionna devoir en référer à son maître. Comme si le fait d’être ici, couché dans mon propre lit fut normal. Et je commençai à me demander… espérer d’ailleurs qu’Alexandre et mon promis ne soient qu’un seul et même homme. Même si au fond, il m’aurait dissimulé la vérité, mais je ne parvenais pas à lui en faire le reproche, ses raisons devant certainement m’échapper. Tout cela n’était que des suppositions, mais il me fallait avouer que les faits étaient troublants.

Alexandre ou Séraphin de Monllieu qui sait, s’endormit sans que l’on en prie et je demeurai là à ses côtés, veillant et observant son doux visage aux traits si fins et si détendus à présent. Je m’allongeai, m’imaginant déjà être son épouse, souhaitant plus que tout que mes suspicions soient exactes et m’endormis bien après lui.

Au matin, j’entendis comme une légère dispute provenant d’en bas. Gaston tentant d’empêcher Esther de monter avec le petit déjeuner si je comprenais bien. Je couvris donc celui qui fut disposé à mes côtés, dissimulant toute trace de blessure et prête à affronter le regard inquisiteur qu’elle risquerait de me jeter pensant que j’avais déjà succombé au pécher et ce, avant même la noce. Tout ce vacarme eut également raison du sommeil de mon cher Alexandre ou quel que soit son nom et il tenta de se redresser, mais en vain.

– Non. Ne bougez pas, ordre du médecin. Qu’importe si cette dame pipelette vient à clamer partout qu’elle vous a trouvé dans mon lit. Je tâcherai de faire face aux railleries.