Gaëlle Laurier

Auteur de romances. Découvrez mes univers.

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Whole New World 1.0

In real life 2


Mercredi. Je reviens à l’instant du cabinet du docteur Martin. Personne à la maison comme toujours. Aussi étrange que cela peut paraître, je meurs d’envie de retourner dans Whole New World. Plus encore depuis que je passais du temps avec Mordred malgré le caractère répétitif des séances. Ma panthère s’entraînant avec moi, cela lui permit de prendre des niveaux, mais, étrangement, elle ne grandissait pas. D’après mon hôte, c’était normal et faisait partie de ses caractéristiques. Quant à moi, je progresse assez vite. De 20, je suis passée à 35 en juste trois semaines. Tout cela grâce à lui qui, je dois bien l’avouer, connaît effectivement le jeu sur le bout des doigts et n’aura sans doute pas perdu son temps à ne rien faire, collectionnant des artefacts et autres potions bizarres que je ne me lasse pas de découvrir.

Déjà trois semaines que je ne vois plus Silas par contre, il me manque beaucoup, mais nous nous écrivons. Tandis que du côté des forces armées de Camelot, Arthur cherche toujours une solution pour m’atteindre sans vraiment m’en dire plus. Comme s’il craint que je répète tout. Le plus simple étant de trouver un bateau selon moi, mais est-ce que cela existe en jeu ? À moins de dompter une créature volante suffisamment grande pour tous les transporter. Un autre dragon ?

Tout est calme dans l’appartement, c’en est presque effrayant. Je ne tarde pas à allumer les lumières et même l’écran de télévision afin de couper court à ce lourd silence angoissant. Un message de ma mère s’inscrit sur l’écran, elle rentrera tard, s’excusant et m’embrassant très fort. Mon père ne sera pas la non plus, étant parti en voyage d’affaires jusqu’à la fin de la semaine. Dit de cette manière, cela semble plus important que cela ne l’est vraiment.

Je compte donc préparer le dîner, mais mes parents faisant les courses pratiquement au jour le jour à cause du peu de ravitaillement dans les magasins, il ne restait pas grand-chose. Je soupire. Compte les mètres jusqu’à la supérette, les minutes que cela prendra une fois à l’intérieur. Pas de quoi fouetter un chat, tout le monde est capable de faire ses courses le plus naturellement du monde. Une centaine de mètres, cinq minutes chrono, passage à la caisse compris. Non, sincèrement Elea, ce n’est pas si terrible, me dis-je pour me donner du courage. Tentative échouée. Et si ce devait être Nelle ? Elle a ce courage elle. Ce ne serait qu’une formalité pour celle qui côtoie le terrible chevalier noir, qui vole à dos de dragon par-dessus les mers. Bon, les yeux fermés, mais tout de même ! Cette pensée me fit sourire au final et je sors donc, emplie de ce courage virtuel, fonçant tout de même droit devant moi.

Mais toute ma motivation s’envole à peine arrivée à mi-chemin. Je dois continuer. Je serai fière d’annoncer cet exploit au docteur dans une quinzaine de jours. Ou à mes parents dès demain matin. Juste vingt mètres et je serai à l’intérieur, dix mètres.

Au-devant de la supérette, deux types appuyés contre le mur se partagent la fin d’un paquet de cigarettes et bien que j’évite soigneusement leur regard, l’un d’eux me stoppe un peu trop familièrement. Une main sur mon épaule pour attirer mon attention.

– Hé ! T’as pas du feu ?

Ma respiration se bloque et je me fige instantanément. Les larmes me montent aux yeux, c’est absolument incontrôlable. Je n’aurais jamais du tenter une telle aventure seule. Nelle en est capable, mais pas moi, je ne suis pas Nelle. Je manque d’air et dois faire un terrible effort pour me remettre à respirer alors que le type repose sa question commençant doucement à s’agacer de ne pas avoir de réponse. Mais je n’y peux rien, mon souffle s’accélère et plutôt que de retrouver un peu d’oxygène, je commence à me noyer à force de trop en absorber. La tête me tourne et il s’énerve. Ou alors commence-t-il à paniquer lui aussi ? Je ne sais plus très bien différentier les deux à vrai dire, ça tourne, ça tourne. Tout devient noir.

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– Merci docteur, fait ma mère avant de refermer la porte derrière lui.

Je ne suis pas fière de moi. Tarif du soir pour un médecin, cela va lui coûter une somme rondelette encore une fois, par ma faute. J’imagine que l’on a dû l’avertir de mon malaise et qu’elle était rentrée du travail en catastrophe. Là aussi, il faut espérer que son patron ne lui en veuille pas d’avoir abrégé sa soirée.

Et pourtant malgré tous les soucis que je lui cause, elle revient auprès de moi, souriante. Plaisantant même un peu afin de tâcher de me détendre.

– Je crois que cet homme qui t’a demandé du feu a eu la peur de sa vie. C’est lui qui a appelé à l’aide lorsque tu t’es évanouie. Ça va mieux mon chaton ?

Je lui fais signe que oui de la tête. Je vais mieux à présent que je me retrouve chez moi, dans mon propre lit, en sécurité. Elle me laisse alors afin de préparer le repas et je me glisse plus profondément sous ma couette. Pourquoi était-ce dans un monde qui n’existe pas que je me sentais le mieux ? De tous les endroits existants, c’était la que je me sentais bien, moi-même, libre.

Je veux y retourner. Courir le long de la plage, traverser les plaines, visiter les forêts ou bien même une grotte, et bien d’autres choses encore ! Juste arpenter les rues si vivantes et gaies de la capitale du jeu me contenterait. Mordred m’a promis une surprise de ce type, je l’attends avec impatience. À vrai dire, même lui me manque en ce moment.