Gaëlle Laurier

Auteur de romances

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Ellipse de la Belle: Chapitre 8


Séraphin.

J’hésitais dès lors à croiser son chemin. Oh bien que je n’ai vu d’elle bien moins que ce qu’il m’avait déjà été donné de voir sur d’autres, ce fut amplement suffisant pour que je me morfonde plus encore. Si déjà elle m’avait ébloui par son charme, sa douceur, son visage adorable. Que de l’avoir tenue ainsi dans mes bras, à peine vêtue et toute consentante qu’elle aurait pu être alors, je maugréais contre cette faiblesse qui faisait de moi un homme. Que de moqueries aurais-je subi si jamais ce genre de chose se savait. Moi, Séraphin de Monllieu, grand libertin et dépravé à la cour, comptant tant d’amants et maîtresses qu’il fallut un carnet pour les recenser, moi j’étais sous le charme d’une jeune pucelle venue de sa campagne. Mieux ! De son couvent !

Sincèrement, je n’en avais cure, qu’ils pensent ce qu’ils veulent. Mais cette occupation m’était nécessaire et j’étais coincé à garder cette renommée. Que je maudissais le jour où j’en étais arrivé là. Quand était-ce ? Au jour où Joras le gras me vendit au comte de Monllieu contre une poignée d’or ? Échappant ainsi à ces « attentions » particulières qu’il avait envers les jeunes garçons par la même occasion. Était-ce le jour où mon Père m’apprit pourquoi je devais me former dans tant de domaines alors que d’autres ne se préoccupaient que des jeux et de la chasse ? Ou le jour où il s’enhardit à faire venir dans mon lit deux ou trois filles d’expérience afin de m’ôter définitivement toute pudeur…

Le passé, de toute façon, est immuable. Et le futur des plus insolites. Je repris donc mes activités discrètes d’espion à la cour du roi et fut assigné à une tâche que je considérais comme des plus classiques. À savoir épier quelques messieurs trop bien nommés, mais aux attitudes suspectes et ainsi dresser quelques rapports sur leurs activités. Et dans ce cas présentement, nocturnes. Je suivis l’un d’eux jusqu’à une auberge que je connaissais bien, non pas en tant que client, mais en tant que presque voisin. Située dans le même arrondissement où j’avais acheté ma maison des années auparavant.

Apparemment le gredin avait une maîtresse, ce n’était que cela. Pas de quoi fouetter un chat et que de demeurer là, témoin de leurs ébats m’ennuyais considérablement. Quelques cris et douces plaintes plus tard, la donzelle se rhabillait et quittait les lieux. Je songeai moi aussi à rentrer simplement, mais l’amant quant à lui resta sur place, gardant la lumière allumée sans vouloir se recoucher. Cela devenait intéressant. Une bonne demi-heure plus tard, quelqu’un vint frapper à sa porte. Pourtant nul n’avait franchi l’entrée de l’auberge, ce visiteur nocturne était donc déjà dans les murs, attendant son heure. Ici encore, j’observai et patientai. Je constatai quelques échanges de documents contre une bourse bien remplie. Et le visiteur repartant, j’entrepris de le suivre. Il me fallait à présent non seulement connaître son nom, mais le contenu de ces papiers.

Je tenais mes distances, me faisant discret, mais en pleine nuit, deux hommes même éloignés empruntant plus de deux fois la même rue ne pouvaient que sembler étrange. Et notre homme semblait se méfier, pressant subitement le pas. Mais était-ce réellement moi qu’il soupçonnait ou bien ces deux hommes venant d’une ruelle adjacente, comme l’attendant sur son chemin ? D’ailleurs tous trois se mirent subitement à courir, moi à leur suite. Qu’ils en viennent à le tuer ne m’empêchera en rien de terminer ma tâche, mais j’aurais été très étonné que ce ne soit que de vulgaires voleurs, attaquant au hasard des rues. Finalement, ma cible fut rattrapée et se mit en position de défense, arme à la main à deux contre un. J’arrivais cela dit, fleuret d’une main, l’une de mes lames de l’autre et provoquai l’un des deux poursuivants.

Alors que de leur côté le duel s’annonçait en faveur du premier homme suivi, j’en terminai avec le mien. Deux hommes à terre. Je m’avançais alors, faisant mine d’être passé là par hasard et voulant me présenter tel un providentiel sauveur, mais l’homme était plus méfiant et fourbe que je ne l’aurais imaginé et alors que je replaçai mes armes, je senti le froid se sa lame me transpercer le côté d’une vive estocade. L’homme s’enfuit avec son identité et ses documents, anéantissant ainsi le succès de ma mission.

Faudra-t-il toujours que ce soit en ce point précis que je sois dangereusement frappé ? Heureusement dépourvu d’organes vitaux, mais la douleur me coupa le souffle. J’ôtai ce jabot qui me tenait chaud au cou et le pressai contre ma blessure, espérant ainsi faire cesser l’hémorragie. Mais je me sentais faiblir et seul dans une rue déserte, c’était la mort assurée si l’on ne me retrouvait que demain matin.

Retourner à ma chambre au-dessus de chez le tailleur ? Peu probable que j’y parvienne. Et je devais me rendre à l’évidence que le seul lieu où je pourrais me retrouver en sécurité et soigné se trouvait être mon logis, quelques rues plus loin. Gaston saurait quoi faire.

Je me traînai donc jusqu’à ma porte et vins à frapper à la fenêtre de mon employé de confiance. Ma douce et tendre Belle devait sans doute dormir à cette heure et j’espérai ne pas la réveiller. Avec un peu de chance, elle ne s’apercevrait pas même de ma présence. Gaston vint voir et s’empressa de m’ouvrir avant de m’aider à tenir debout.

– Gaston, tâchons de ne pas la réveiller, menez-moi à l’étage puis à la chambre d’ami. Vous resterez discret sur ma présence. Elle ne doit pas savoir.

Il acquiesça tandis que j’imaginai quelques ruses afin de l’éloigner de la maison dès demain pour la journée. Mais la chose devenait plus ardue qu’elle n’en avait l’air alors que je peinai à simplement demeurer conscient.

– Allez quérir un médecin au plus vite, je vais me débrouiller, hâtez-vous !

Il me laissa donc en haut des marches et mon intention première fut effectivement d’atteindre la seconde chambre sans bruits. Mais la douleur lancinante de mon flanc coupa toute tentative. Je me tins au mur, juste au bord du chambranle de sa porte, tâchant d’éviter de respirer trop bruyamment. Quelques pas… juste quelques pas. Même si j’y parvenais et m’écroulais dans l’entrée qu’importe, mais ne pas demeurer dans ce couloir. Risquer qu’elle m’entende et se lève.

Dans un dernier effort, je m’écartai de ce mur qui pourtant était mon meilleur allié, surestimant de mes dernières forces et vins lamentablement m’écrouler contre la porte elle-même. Annihilant ainsi toute discrétion alors qu’elle céda et que j’en vins à m’écrouler tout du long dans la chambre occupée par ma douce Annabelle.