Gaëlle Laurier

Auteur de romances. Découvrez mes univers.

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Journal d'un espion

La dame de cœur et le valet de pique - Partie 2


Annabelle.

Voici trois jours que le médecin était venu lui rendre visite, et ce, avec la merveilleuse nouvelle que son rétablissement fut complet. Et si, dès cette nuit-là, je me préparais à ce qu’il m’honore de son devoir conjugal, il n’en fit rien. Ni même le soir suivant.

Je ne comprenais pas. M’étais-je trompée à son sujet ? N’avait-il envers moi qu’affection, respect, mais aucun sentiment d’amour ? Étais-je la seule à ressentir cela ? Pourtant il s‘était montré si généreux et protecteur. Allant jusqu’à risquer sa vie. Ou était-ce donc cette vie justement qu’il menait avant moi et qu’il n’avait souhaité quitter.

Si j’aurais pu me contenter d’être l’épouse discrète et obéissante, patientant qu’il rentre ou non sans me poser la moindre question avant de le connaître, cela ne m’était plus possible à présent. Je l’aimais. Plus que tout. Et de vivre dans le doute qu’il eut, au final, une autre femme ou bien même un homme en son cœur plutôt que moi me rongeait. Je voulais savoir, mais n’osais l’aborder sur ce sujet. Sa convalescence forcée s’étant terminée, il se levait chaque matin, sortait afin de vaquer à ses occupations – qu’il tenait secrètes forcément – et demeurait d’un caractère si joyeux avant chaque escapade que mes doutes ne pouvaient qu’être fondés. Mais il fallait que j’en aie le cœur net.

Et j’avais commis ce crime odieux que de ne pas lui accorder ma confiance, tentant de trouver un indice, quoi que ce soit. Espérant surtout ne rien découvrir, mais c’est un message, très bref que je trouvais dans la poche de l’un de ses manteaux. Une adresse, une date, une heure, un simple chiffre. Le sept.

Ce soir-là, jour annoncé sur ce papier, il m’annonça juste avant le dîner qu’il devrait quitter le logis pour la soirée et j’en demeurais consternée. L’heure mentionnée approchant également.

– Rentrerez-vous tard ?

– Sans doute oui, mais ne craignez rien à mon sujet. De plus, je serai de retour avant même que vous ne vous ennuyiez de mon absence.

Il avait tort. Il ne fut pas encore parti qu’il me manquait déjà. Il enfila son manteau, sa cape et m’octroya un baiser sur le front avant de partir. Son sourire fendant son si doux visage eut le même effet sur mon cœur. Se pouvait-il qu’il aille réellement voir une autre personne et ne souhaite passer la nuit ou tout du moins une partie avec elle. Ce mot était-il la preuve d’un rendez-vous ?

Il fit seller son cheval, quant à moi, je n’attendis pas une seconde supplémentaire après son départ pour que l’on sorte la voiture. Oui, j’allais le suivre, telle une espionne et me briser le cœur certainement. Ou bien voulais-je trouver matière à tenter de le faire revenir vers moi. Quel espoir avais-je au fond ? Et s’il s’agissait d’une personne de si grande beauté que je ferai pâle figure à côté d’elle. Comment allais-je m’en sortir ?

J’arrivai devant une auberge de grand luxe et mon souffle se fit plus rare. Rien ne présageant alors que je m’étais trompée. J’entrai et compris subitement que ce chiffre inscrit ne pouvait être que celui de l’une des chambres et me rendis donc à l’étage.

Je frappais d’un geste mal assuré et l’entendis me prier d’entrer. C’était bien sa voix, aucun doute là-dessus. Était-il encore seul ? Ou déjà bien accompagné et songeant qu’il s‘agissait là d’un domestique ? J’entrai, confuse, peinée et terriblement effrayée de ce que j’allais trouver. Mais il se tenait là, face à la fenêtre, tout simplement avant de se tourner et d’entamer ses salutations d’un air faussement jovial comme il lui arrivait de faire en présence de personnes qu’il n’appréciait pas vraiment. J’étais en déroute.

Il perdit son faux sourire en me voyant et pire encore, sembla s’effrayer de ma présence, se rua vers la porte et la ferma prestement me tirant près de lui.

– Belle ! Quelle folie ! Pourquoi m’avez-vous suivie ici ? Ne vous rendez-vous pas compte du danger ? Non bien entendu… Ne vous avais-je pas averti ? Mes activités ne vous regardent pas !

– Pardon Séraphin, mais je croyais, je… je craignais que…

– Rien du tout ! Partez immédiatement et surtout ne refaites plus jamais cela !

Il me grondait, mais ne s’emporta pas, au contraire. Plutôt qu’agacé, il semblait craindre ma présence, mais au moment où il me repoussait vers la porte, l’on frappa de nouveau. Je vis son visage changer du tout au tout, se fermer puis me fixer.

– Mettez-vous dans un coin et surtout, par pitié surtout quoiqu’il se produise, quoi que je fasse, ne parlez pas en mal et ne faites rien qui pourrait lui déplaire. Laissez-moi faire.

Il reprit son air d’avant ma venue et je constatai qu’il était de ce fait réellement doué pour la comédie. Son rôle lui donnant ce côté enjôleur qui avait sans doute fait sa réputation et, je devais l’admettre, produisait l’effet escompté même sur moi.

Il ouvrit la porte et accueillit un homme aux cheveux blonds et longs tout comme les siens, mais affublé d’une fine moustache. Un fort bel homme d’ailleurs s’il n’avait eu cet air prétentieux et moqueur sur le visage. Mais ce n’était en rien une accolade amicale qu’ils partagèrent, mais plus une étreinte telle que se font les amants de longue date. À un moment, je cru même à mon plus grand désarroi qu’il allait l’embrasser.

J’en rougis de les voir ainsi je ne savais plus vraiment si je devais en être jalouse ou envier ce nouvel arrivant. Ils semblaient réellement complices.

– Comme tu m’as manqué Séraphin. Mais rassure-toi, je ne compte pas faire de ce rendez-vous une simple halte pour affaire, mais bel et bien en profiter pleinement. Oh, mais… voyons ce que nous avons là….

Il se tourna vers moi, m’ayant très vite remarqué et afin de donner le change, je lui fis une légère révérence afin de ne pas me montrer impolie, mais restant terriblement intimidée.

– Un présent de bienvenue ? Et qui est cette charmante personne ?

Je n’osai répondre puisqu’il m’avait demandé de me taire, mais il s’empressa de le faire à ma place.

– Annabelle de Bont, elle m’accompagne pour la soirée. À vrai dire, je ne comptais pas m’éterniser, l’on nous attend à dîner.

– Vous dînez tard dites-moi ! Hé bien ils attendront, répondit-il comme s’il était naturel que l’on suive le moindre de ses souhaits.

Il prit ma main et avec beaucoup d’égards, me fit grâce de ses lèvres sur ma paume plutôt que d’en effleurer mes doigts. Je vis Séraphin se crisper, serrant sa mâchoire un instant avant de reprendre son air faussement amical.

– Jacques de Valle, pour vous servir. Mais venez avec nous, approchez donc. Je suis certain que nous avons bien des choses à nous dire.

Étrangement ce genre d’affirmation passait très mal vu son intonation et je commençai à comprendre l’anxiété de mon époux.

– Je pense que tu as apporté quelque chose qui me revient, enchaîna nerveusement Séraphin.

– Ce que tu peux être devenu conventionnel, allez détend toi. Et va plutôt nous servir à boire.

Il s‘éloigna, mais tout en gardant un œil dans notre direction. Son ami profitant alors pour s’approcher, minaudant. Il avait de ces manières semblables à celle du jeune Monsieur d’Aurny ou de ses connaissances, mais me semblait bien plus dangereux.

À contrecœur, mon époux m’apporta mon verre, en offrit un a son compagnon et vida le sien d’un coup sec.

– Nous pourrions juste nous amuser toi et moi, comme au bon vieux temps qu’en dis-tu ? Annabelle n’aura qu’à se rendre à ce dîner sans moi, me faisant porter pâle.

J’en restais pétrifiée, voulait-il m’éloigner pour passer la nuit avec lui ?

– Tu plaisantes mon ange. Je l’ai, je la garde, mais cela dit j’accepte ton invitation.

Il le tira à lui et colla sa bouche à la sienne, lui offrant un baiser si fougueux que j’en rougis. De gêne ou de dégoût, je ne savais pas encore très bien. Les deux à la fois peut-être de voir ainsi mon époux embrassé par un autre et sous mes yeux, sans protester.

Mais il ne s’en tint pas là et le mit ensuite face à moi. Je le devinais presser son ventre contre le séant de mon aimé que je regardais, les yeux exorbités et emplis d’appréhension. De Valle passant ensuite ses bras autour de sa taille, me tirant contre mon époux, nous enlaçant tous deux quasiment à la fois. Nous pressant étroitement l’un contre l’autre.

– Elle a des allures de pucelle, est-ce le cas ? J’aime beaucoup ce genre de cadeau de retrouvailles. Vas-y à présent, embrasse-la.

Et il s’exécuta se laissant toucher par la même occasion. Fut-il que le désir chez un homme soit si mécanique ou ressentait-il réellement de l’intérêt pour ses caresses. Je le sentais gonfler contre moi. À moins que ce ne soit mêlé au baiser qu’il m’offrit. Tout aussi fougueux que le précédent qu’il partagea avec lui. J’avais les joues en feu. Autant que la peur au ventre.

– Bien maintenant que vous avez fait connaissance, à mon tour.

– La lettre d’abord, le taquina-t-il. Sinon la demoiselle rentre gentiment chez elle.

– Tu n’es décidément pas drôle ce soir Séraphin, fit-il en nous laissant enfin. S’en allant fouiller dans sa veste et lui apporter une lettre épaisse et cachetée.

Et à peine, l’eut-il dans les mains que ce de Valle m’enleva littéralement pour me poser en travers de son lit avant d’y poser un genou, venant vers moi et déboutonnant sa chemise. Je n’aimais pas son air victorieux et l’impression qu’il n’allait certainement ni demander mon avis et encore moins celui de mon époux pour ce qui allait suivre. Mais j’avais confiance, jamais Séraphin ne laisserait faire une telle chose. Même si, depuis tout à l’heure, il avait agi d’une façon qui m’était inconnue, sembler préférer cet homme à moi. L’on m’avait pourtant prévenue plus d’une fois, lui-même l’avait fait. Il était libertin, il le serait peut-être toujours. Mais pas moi !

De Valle me tira par les jambes afin de m’attirer à lui, se plaçant entre elles et soulevant mes jupons. Je tâchai de me retenir aux draps, un geste totalement inutile en soi. Mon époux se plaça alors derrière lui. L’enlaçant de nouveau et usant de cette voix si pénétrante à laquelle moi-même j’aurais sans doute succombé en d’autres situations.

– Tu n’as pas compris à ce qu’il semble. Je préférais être seul avec toi. Tes attentions, ta fougue… tout cela m’a terriblement manqué... mes baisers n’étaient-ils pas assez éloquents qu’il faille que je te supplie ?

Je voyais ses mains parcourir le torse de son amant et j’en ressentis des pincements au cœur de les voir ainsi devant moi. Pire encore lorsqu’il lui prit le visage et le tourna vers lui afin de l’embrasser de nouveau comme tout à l’heure. À ceci près que plutôt de glisser vers une partie plus intime de son corps, il se saisit doucement de son mousquet et l’envoya au travers de la pièce.

– À quoi joues -tu mon ange ? s’indigna de Valle.