Gaëlle Laurier

Auteur de romances. Découvrez mes univers.

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Journal d'un espion

La dame de cœur et le valet de pique - Partie 1


Séraphin.

Oseriez-vous me prendre pour le dernier des infâmes goujats et imaginer une seule seconde que je vous conterais ce qui se produit en cette première et délicieuse nuit ?

En fait, il ne s’était rien passé. Nous avions juste dormi, ce qui se faisait depuis bien des jours déjà, mais cette fois non pas avec un écart entre nous, mais bel et bien enlacés. Ce fut effectivement une première fois. Mais pour moi aussi ! Jamais je n’avais eu cette patience de ne pas chercher à tenter une femme, je lui avais laissé le choix et elle opta pour la sécurité ainsi que mon bien-être.

Plusieurs jours de ce train de vie plus tard, a paresser sans songer à quitter la chambre. Ne nous levant que pour le nécessaire, notre toilette et ne pas périr de faim. J’aimais plus que tout ces moments rien qu’à nous, que nul autre ne venait troubler. De ceux où je calais ma tête sur ses cuisses, allongé alors qu’elle me lisait quelques vers. Il lui fallut tout de même trois jours pour m’avouer ne pas en apprécier l’auteur, preuve qu’elle me faisait réellement passer avant tout chose.

Finalement, satisfait de notre élan de sagesse concernant mon état, le médecin vint à m’annoncer que ma convalescence en était terminée. La plaie s’étant suffisamment cicatrisée afin que je puisse de nouveau vivre et profiter enfin de mon épouse comme il me le signala d’un air entendu.

Je repris donc mes activités, mais avec moins d’élan pour le risque. J’en fis part d’ailleurs tant à mon père qu’à notre commanditaire. J’avoue que je songeais même à lui dérober sa place, tentant à l’inciter de prendre du repos… enfin, surtout une retraite bien méritée sur ses terres. Il me serait moins risqué, pour moi, mais surtout pour elle de commander plutôt que de servir. Et il me semblait posséder dès lors suffisamment d’expérience et de relations pour y parvenir.

Mais cela ne se ferait pas dans les semaines à venir, il ne fallait pas rêver.

En attendant, terminées les frasques de la cour. Disparu cet efféminé aux manières extravagantes. Annabelle avait réveillé le vrai Séraphin, l’ancien Alexandre. Au placard les poudres et les parfums aguicheurs, les soieries inutiles. C’est en homme que j’arpentais désormais les couloirs du Louvre. Certains, forcément, reconnaissant toujours ce visage de libertin, mais plus l’homme qui se glissait derrière le masque.

L’on mit cela sur le compte de mon mariage, que cela pouvait faire des miracles et au fond, l’on n’avait pas tort.

Il me fallait encore malgré mes résolutions, distiller de mon temps à certaines missions, mais je n’acceptais dès lors que celles ne m’éloignant pas de Paris. Ou très peu. Certes, mes rentes m’auraient permis de vivre aisément et sans cela, mais je demeurais au service du Roi, et ce, de manière directe ou non.

Je fus appelé un beau matin dans le bureau de mon commanditaire, trois jours après avoir reçu la bénédiction médicale de pouvoir honorer ma douce Belle et devinez ? Je ne l’avais pas encore touchée. Étonnant n’est-ce pas ? Nous étions mariés dans les règles et plus que de me ravir, elle me comblait tant le cœur que l’esprit. Mais je craignais de la brusquer. Il y avait en elle cette fragilité que je n’osais défaire, de peur de la dégoûter d’aimer. De ce fait, j’avais pris sur moi et avec toute la difficulté du monde à la laisser décider du moment venu. Même si, par moment, j’eus l’impression d’être au bord de l’explosion.

Patientant au petit salon que l’on veuille bien me recevoir, je croisai ce que je qualifierais de confrère. Mais celui-ci, plutôt que de me féliciter — ou serait-ce que le bonheur me monta à la tête d’imaginer cela comme étant du — vint aux provocations. J’avais dans l’idée d’avoir dû l’agacer sans vraiment me rendre compte ou bien est-ce que je lui avais subtilisé une mission à forte récompense ? Allez savoir.

– Monsieur de Monllieu, vous ici ? L’on disait pourtant de vous que vous ne quittiez plus votre lit. Ou plus précisément votre dernière acquisition. Vous aurait-elle enfin lassé que nous vous retrouvions enfin ?

– Monsieur de Vivorde, sincèrement, connaissez-vous le moindre diamant qui soit capable de s’user ? Ou n’auriez-vous connu que de simples pierres de zircon dans votre triste existence.

– Il est vrai que vous vous connaissez en matière de précieuses... et de ridicules.

Je m’en approchai, m’amusant de lui comme je le faisais parfois par le passé. Car s’il me cherchait sur ce terrain, il m’y trouverait aisément. Jouant avec la dentelle de son jabot, ce qui le mit subitement fort mal à l’aise, j’en vins à lui faire respirer mon haleine tant je me tenais à proximité, lui soufflant plus que lui chuchotant.

– En effet, cher ami et comme heureusement elles ne tuent point, voudriez-vous que nous convenions d’un rendez-vous afin de palier à votre manque ?

Il s’écarta subitement alors que la porte du cabinet s’ouvrit de nouveau et qu’un domestique me pria d’y entrer.

– Monsieur de Monllieu, veuillez vous asseoir. J’ai eu vent de votre demande concernant l’octroi de missions uniquement dans l’enceinte de la capitale. C’est fort dommage, vous allez manquer à bien des exploits en Province.

– Ces exploits, comme vous dites, se satisferont sans moi. Mais vous m’avez fait venir pour un travail ?

– En effet. Et pour celui-ci vous seul pourrez vous montrer efficace. Car il s’agit de recevoir une personne que vous avez fort bien connue pour avoir partagé plus que quelques discussions, à ce qu’il me semble.

– La liste est longue, de qui s’agit-il ?

– De Monsieur Jacques de Valle. En personne.

Bien que je ne fus pas souffrant ni impressionnable outre mesure, je me décomposai sur place. Voulait-il plaisanter ? Remettre ce de Valle dans mes bons souvenirs alors que… outre le fait qu’il partagea, il est vrai, mon lit et sans en donner l’illusion, il s’agissait surtout d’un homme vicieux et dangereux que j’avais pu voir quitter Paris et sa région avec soulagement. De plus, notre relation datait d’il y a bien longtemps et n’était basée – du moins en ce qui me concernait – que sur la nécessité et non le plaisir.

– Vous y songez sérieusement ? Vous connaissez aussi bien que moi sa réputation ! De quoi s’agit-il ?

– Il doit nous remettre un document des plus importants, son contenu ne vous concerne en rien et devra demeurer cacheté de son sceau. Le rendez-vous aura lieu dans la plus grande discrétion et en ville.

– Et s’il ne s’agit que de cela, pourquoi moi ?

– Il a demandé expressément que ce soit vous et nul autre. Il a d’ailleurs laissé ce mot cacheté pour vous. Le lieu même du rendez-vous y serait mentionné.

– Toujours aussi prudent à ce que je vois.

– Et il y a de quoi, nous espérons sa capture depuis un bon moment. Mais ne vous inquiétez pas, vous ne serez pas seul dans cette histoire. De vieilles connaissances vous suivront discrètement jusque sur les lieux, intervenant au moment opportun.

La situation était délicate. S’il y avait encore quelques semaines, cela ne m’aurait qu’à demi ennuyé, il se trouvait qu’aujourd’hui je me retrouvais marié et préférais honorer mes vœux de fidélité. Et avec cet homme, ce serait compliqué.