Gaëlle Laurier

Auteur de romances. Découvrez mes univers.

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Journal d'un espion

Ellipse de la Belle: Chapitre 16


Séraphin.

J’avais averti ma tendre épouse que ce soir, Gaston ne viendrait pas. Non seulement, je ne souhaitais plus aucune autre personne que nous dans cette chambre désormais, et ce, jusqu’au matin, mais mieux encore, je souhaitais qu’elle s’occupe de moi. Ce qui semblera enfantin quelque part, de lui demander de m’aider à ôter ainsi ma veste.

Loin de moi l’idée de l’asservir, mais elle m’avait prouvé alors que je n’étais que peu apte à réellement en profiter qu’elle pouvait se montrer dévouée et, cette fois, je comptais bien savourer chacune de ses attentions, chaque moment.

Mais n’allons pas trop vite, déjà de m’ôter un vêtement, ne fusse que pour me retrouver en chemise était une étape en soi.

– Je vous en prie madame, mettez-vous à votre aise pour la nuit, je m’en sortirai bien seul pour le reste.

Elle hésita un instant puis me laissa afin d’aller se changer dans le cabinet de toilette. Je souris bêtement devant ce genre d’expérience, somme toute nouvelle ou j’eus l’impression d’être pour la première fois seul avec une femme, me préparant à l’aimer comme il se doit. En bon libertin, elle aurait déjà été détroussée, les jupons relevés, la poitrine offerte sur un coin de mon lit. Mais il n’était pas question de cela ici. Ce soir, cette nuit, il serait question de tendresse, d’amour et d’une nouvelle expérience qu’il ne fallait surtout pas brusquer au risque ou de la décevoir ou de l’en effrayer.

Je m’installai donc au centre, le dos calé contre des coussins attendant qu’elle réapparaisse. Et lorsqu’elle revint, effectivement je fus charmé.

– Je porte ce que vous aviez fait préparer à mon attention…

Peut-être voulais-je la taquiner au départ avec cette chemise de nuit, plus fine que de la soie, et surtout ne gâchant rien de la vue que j’aurais d’elle puisque je pouvais deviner chaque contour de son corps au travers.

– Je vous en prie, ne soyez en rien timide à porter cela, vous êtes magnifique.

Je tendis une main vers elle, l’invitant à me rejoindre, ce qu’elle fit. Grimpant dans le lit et se tenant à genou près de moi.

– Est-ce que je vous effraye ?

– Non… ce n’est pas cela… enfin… un peu oui. Tout ce que l’on raconte sur vous à la cour. Est-ce la vérité ?

– Ce le fut, mais il y a longtemps. Du moins tel qu’on le décrit. Madame, en tant qu’épouse, je ne souhaite rien vous cacher, mais je crains de vous faire du tort à tout vous annoncer sans ménagement. Et je ne voudrais gâcher cette première nuit. Laissez-moi le loisir de vous dire la vérité jour après jour. Mais pour ce qui est de mes… frasques, sachez que j’ai eu bien moins de maîtresses qu’on ne le dit et qu’aucune ne m’aura ravi mon cœur comme vous le faites.

– Pourtant l’autre jour, avec vos amis et cet homme, le fils que celui qui m’a enlevé vous….

– Il est vrai qu’il me fallait parfois payer de ma personne. Mais contrairement à eux, jamais je ne me serais permis d’abuser d’une naïve jeune fille ou d’un jouvenceau.

– Est-ce vrai également, que vous portez votre préférence sur les messieurs ?

Son air si sérieux me fit presque éclater de rire. Même s’il n’y avait rien de drôle à cela, mais que d’en avoir les retours de cette façon…

– En vérité, je n’y ai goûté que peu de fois dans toute ma vie et… définitivement, non. Ma préférence va aux femmes. Je ne trouve pas d’attrait dans un corps qui ressemble tant au mien alors que vous, madame, possédez tant de trésors à découvrir.

– Ce ne serait que des mensonges à votre encontre ?

– Des illusions ! Je maintiens il est vrai ces rumeurs et en confirme chaque détail, parfois il m’arrive même d’en rajouter. Pourquoi allez-vous me demander, pourquoi ternir ainsi ma réputation ? Parce que madame, j’ai d’autres activités à la cour qu’il vaut mieux cacher et qu’en me montrant tel un dépravé, l’on n’en viendrait pas à se douter. Qui irait soupçonner un homme efféminé se faisant passer pour un lâche de servir les intérêts du roi et de ses alliés ?

– C’est donc cela que vous faites ? sembla-t-elle atterrée puis elle se reprit. Et donc votre blessure la première fois, cet enlèvement, c’est…

– Tout vient de la ma douce Belle. C’est également pour cette raison que je ne souhaitais pas vous voir avant la noce. Vous auriez à souffrir de tout cela tôt ou tard, de mon image tout d’abord. Et je pensais qu’en vous permettant de vivre et d’aller librement, cela ne pourrait qu’adoucir les peines que vous en auriez.

Tout en lui parlant, je la tirai doucement vers moi sans la brusquer, la saisissant par la taille dès qu’elle fut assez proche pour me le permettre.

– Et moi qui pensais que vous vouliez tester ma fidélité. Qu’en est-il à présent, Monsieur ? Alors que j’ai échoué et me suis permis de faire venir un homme que je croyais être tout autre que vous dans votre maison, dans votre lit ?

– Étrangement, je ne saurais vous en vouloir, car même si vous l’ignoriez, c’est tout de même de moi qu’il s’agit. Je me sens même plutôt flatté.

Je l’attirai à moi, une main posée dans le creux de son dos, jusqu’à pouvoir effleurer son visage de mes lèvres. Tentant de faire mieux que ce chaste baiser offert lors de nos vœux. Sans expérience, mais docile, elle en suivait les mouvements qui se prolongeaient. J’aurais cru qu’elle voulut s’écarter de moi bien plus prestement, mais elle n’en fit rien. Et c’est lorsque j’en vins à regret à lui laisser reprendre son souffle que j’en constatais les effets sur ses joues rosies.