Gaëlle Laurier

Auteur de romances. Découvrez mes univers.

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Journal d'un espion

Ellipse de la Belle: Chapitre 6


Annabelle.

Étrange homme que celui-là. Je n’étais entourée que d’hommes mystérieux. Ce fiancé qui tardait à se montrer et mon sauveur qui lui, ne me fit grâce que de son prénom. Et quel magnifique prénom ! Alexandre.

Me voici des plus confuses à présent et alors que je tentais de passer le reste de cette journée à lire quelques pages de mon roman, je ne parvenais pas à en terminer ne fusse qu’un paragraphe. Je cherchai puis retrouvai aisément la lettre de Monsieur de Monllieu, relisant ce passage des plus troublants. Sincèrement, me donnerait-il le droit de recevoir, qui je souhaitais ? Non, ce à quoi je songeais était mal, terriblement mal. À peine étais-je ici, à peine avais-je posé les yeux sur un galant homme que j’en viens à vouloir le revoir, l’inviter et quoi d’autre ensuite ?

Et quand bien même, je ne suis qu’une… comment disait Raphaël de Monllieu déjà ? Une bigote... sans doute incapable au lit. Ce devait être vrai. Qu’aurais-je à lui apporter si jamais il souhaitait plus que ma compagnie ? Juste ciel, à quoi étais-je en train de penser ? À tromper mon futur époux avec ce parfait inconnu ! Mais étais-je devenue folle ?

Pourtant, il me fallait bien avouer qu’il ne quittait pas mes pensées. Et le repas, pourtant délicieux me laissa froide, mes rêves étaient peuplés de son image et au matin, c’est encore à lui que je pensais. Soupirant comme une âme en peine.

Les jours passèrent et je recevais des présents de cet inconnu à qui je devais me lier. Quelques romans, choisis parmi les plus en vogue et préférés des dames de la cour. Une parure de bijoux en or blanc orné de saphirs, des fleurs chaque jour et, afin de couronner le tout, la visite d‘un peintre désirant prochainement faire un portrait de moi. J’aurais dû être aux anges, j’allais épouser un homme riche et libre d’esprit, m’offrant tant de présents, m’autorisant déjà des largesses que je n’oserai jamais et pourtant auxquelles mon cœur songeait.

Enfin, je reçus une missive m’invitant à me rendre au Louvre afin d’y rencontrer l’une des dames de compagnie de la reine elle-même et y faire quelques nouvelles connaissances. Décidément, il me gâtait. Alors pourquoi étais-je si mélancolique ?

Je m’y rendis donc, rencontrant là-bas, les demoiselles de Breuil. Des sœurs dont les âges correspondaient avec le mien. Elles m’avaient l’air à la fois sérieuses et amicales et surtout de bonne compagnie comme il le souhaitait. Ensemble, elles me firent visiter les jardins puis les salons et me présentèrent à quelques personnes de qualité dont la plupart esquissèrent un léger sourire amusé, parfois étonné lorsque j’en venais à citer le nom de mon fiancé. Non seulement il demeurait un mystère, mais quelque chose d’indéfinissable planait autour de lui.

– Mesdames, je vous en prie, dites-moi. Et ne me cachez rien même si cela doit me choquer. Comment est cet époux que l’on m’a choisi ? Il ne s’est toujours pas manifesté à moi et pourtant, il me semble si généreux et prévenant.

Les deux sœurs échangèrent un regard avant de répondre. Ce qui amplifia les quelques doutes que j’avais à son sujet.

– Généreux et prévenant, c’est très probable. Monsieur de Monllieu n’est pas un méchant homme, il serait plutôt…

– De ceux qu’il ne vaut mieux ne pas fréquenter ? enchaîna sa jeune sœur, subitement réprimandée du regard par l’aînée qui tente de rattraper ses propos.

– Pas tout à fait, il peut être de fort agréable compagnie, mais… il est…

– Excentrique, extraverti, dépensier, joueur et…

– Chut ! Votre fiancé mademoiselle, sera sans doute très gentil avec vous, ne craignez rien à ce propos, mais il possède une réputation qu’il vous sera difficile à assumer. Il vous faudra vous armer de courage et de patience, y faire face ou l’ignorer.

– Monsieur de Monllieu est un libertin, autant employer les mots justes !

Un libertin ? Cela signifiait-il qu’il possédait des maîtresses ? Oui, quoi d’autre. Ainsi voici la raison pour laquelle il m’honorait de faire comme je le souhaitais qu’il me laissait cette liberté. Afin de jouir aisément de la sienne.

Et alors que nous arpentions un long couloir peuplé de quelques groupes discutant entre eux, j’aperçus Alexandre en compagnie d’un jeune homme. Ils semblaient entretenir de joyeuses conversations et l’inquiétude qui me prit face à ce que m’annoncèrent ces demoiselles s’effaça quelque peu. Pourtant, l’une d’elles me tira vers une autre place, m’indiquant que ces lieux n’étaient pas les plus appropriés et qu’il nous fallait rejoindre un autre espace.