Gaëlle Laurier

Auteur de romances

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Chez le tailleur - Partie 2


Séraphin.

Nous étions donc seuls à l’avant de la boutique, Aurny et moi. Madame Bonacieux étant partie récupérer la commande tandis que ma veste devait sans nul doute se faire rapiécer dans la salle d’à côté. Je ne disposais donc que de peu de temps.

– Pensez-vous que la qualité des services proposés ici soit à la hauteur de leur réputation, cher Monsieur d’Aurny ?

Je l’entendis s’esclaffer bien qu’il ne sembla pas apprécier le fait que je cite son nom aussi naturellement et ôta donc son chapeau, se présentant vers moi.

– Ainsi rien ne vous échappe mon ami.

– Votre ami ? C’est peut-être vite parlé Monsieur. Et à ce propos, venons-en aux faits. Pourquoi m’avez-vous fait venir ?

– Pour vous proposer un marché.

Je tournai légèrement la tête, scrutant autour de moi, mais d’une façon théâtrale, bras séparés du corps.

– Et la boutique d’un tailleur est devenue l’endroit à la mode pour cela ?

– Ceci est territoire neutre et… j’imagine que vous ne ferez rien d’inconsidéré alors qu’il y a des dames tout à fait charmantes et innocentes tout à côté.

Comme pour appuyer ses dires, la gérante revint donc, souriante avec la commande désirée. Son client lui tendit alors un second papier, indiquant qu’il venait également en récupérer une seconde. S’excusant faussement d’avoir oublié ce détail précédemment. L’attitude de Madame Bonacieux me fit doucement sourire à la voir se retenir de lui demander simplement si cela l’amusait de la faire aller et revenir pour rien, mais au contraire, en bonne commerçante, elle fit bonne figure et repartit. Nous voici donc avec quelques minutes supplémentaires pour converser.

– Vous êtes décidément à la hauteur de mes espérances, méfiant et lâche à la fois. Mais je vous écoute.

– Je voudrais que vous conduisiez les conclusions de votre enquête vers une autre personne.

– Un ennemi pesant à écarter sans doute ?

– Une personne peu recommandable que j’aimerais voir sortir de la vie de quelqu’un qui m’est proche.

– Bien, feintais-je. Puis-je en connaître le nom avant de me décider ?

– C’est vous, Monsieur de Monllieu.

Avouez qu’il était drôle ! Bien entendu, j’allais moi-même me faire jeter en prison, passer à la torture et finir pendu. Quand bien même, je pensais que nul n’y croirait et je ne pouvais qu’en rire, bien plus spontanément qu’il le fit lui-même juste avant.

– Vous allez déchanter bientôt dans ce cas, car ce n’est nullement dans mes projets de finir à la potence. Mais, dites-moi, par curiosité, serait-ce de votre fils qu’il serait question ? Vous me vexez. Moi ? Peu recommandable ? Voyons, de nous deux, c’est lui qui s’amuse à m’en apprendre le plus sur les vices servis à la cour. Vous le pensiez donc doux comme un agneau ?

Je le vis grincer des dents et serrer les poings alors que Madame Bonacieux revint dépitée et les mains vides cette fois. Mais la colère de son client devait être sourde tout autant que ses ouïes, car il n’en tint compte et, plein de hargne, sortit et pointa vers moi le mousquet qu’il tenait à la ceinture.

– En ce cas, restons en la que dites-vous Monllieu ?

La jeune femme en resta muette pour le coup et demeura immobile. Sage décision. Quant à moi, je levai les mains. Bien entendu j’étais tout aussi armé, mais tout geste de trop pouvait entrainer ma perte. Et sans doute celle des témoins trop gênants ensuite. Je n’aimais pas faire de victimes lors de mes missions, cela entachait ma conscience. Elle était déjà bien assez noire comme cela.

Et alors que je tentais de parlementer, cette dame que je jugeais à tort comme tétanisée de peur se glissa très doucement vers l’extrémité de son comptoir. J’avouais ne pas saisir ce qu’elle souhaitait faire, mais dans le doute, je maintins donc notre ami en haleine. Et alors qu’il lève plus encore son arme sur moi, la brave dame se saisit de l’un de ses lourds rouleaux de tissu, le souleva et l’abattit sur lui. Sous le choc, le coup partit.

Réflexe, je fermai les yeux. Dans ma situation, sauter de côté n’aurait pu que mettre plus encore sur la trajectoire de la balle. Mais rapidement, ne remarquant aucune douleur, je réagis. Tout comme l’acolyte ainsi que le cocher qui attendaient sagement au dehors, ceux-ci entrèrent en trombe et se retrouvèrent subitement face non pas à une arme, la mienne, mais deux. Madame Bonacieux ayant sorti la sienne de sa cachette sous le comptoir.

– Dehors ! Filez d’ici ou je fais avertir la garde ! leur lança-t-elle courageusement.

Je n’aurais pas mieux dit, mais hélas, cela n’arrangeait pas vraiment mes affaires puisque le cocher vint récupérer le corps et l’emporta avec lui tandis que l’homme de main nous visait à son tour. Il recula enfin, sans dire un mot, accompagnant le cortège et tous disparurent sans rien réclamer.

Voyant la situation se débloquer, je baissai subitement mon arme, la tenant par la crosse à deux doigts telle la plus horrible des choses et pris un air apeuré.

– Hé bien madame sans votre aide, Dieu sais ce qu’il serait advenu de moi. Je ne sais pas même me servir ces « choses » si ce n’est pour tenter d’effrayer les malotrus. Déjà que les rues ne sont pas sures. Que dire si l’on se fait ainsi menacer jusque dans les boutiques. Ma foi, je vous remercie.

Elle haussa les sourcils, perplexe. M’ayant vu passer de l’un à l’autre. Prêt à en découdre puis subitement presque sur le point de m’évanouir. Ou du moins de prétendre me sentir dans un tel état. Navré chère madame, mais je me devais de garder mon masque.