Gaëlle Laurier

Auteur de romances

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Chez le tailleur - Partie 1


Séraphin.

Une missive cachetée apportée ce matin par un messager, un rendez-vous pour affaire cet après-midi même, mais le nom dont était signé ce mot me laissait perplexe. J’appréciais habituellement quelques jeux de l’esprit, mais de signer d’une anagramme… vraiment… soit l’on me prenait pour un sot soit c’était celui qui l’avait signé qui se trouvait en être un. A moins de souhaiter qu’en lisant entre les lignes, j’en vienne à deviner qui en était le véritable expéditeur.

Monsieur de Nuray donc… ou ne serait-ce pas plutôt Monsieur d’Aurny qui avait déjà tenté de me confondre il y a des semaines de cela. Il souhaitait donc me voir et en un lieu où il comptait ne pas être inquiété. Je vois. Une boutique bourgeoise dans le quartier est. Très bien. Je me levai donc, emportant avec moi quelques grains de raisin clairs du plateau de l’on m’avait apporté au déjeuner avant de me diriger vers le cabinet de toilette.

Tenue soignée, lames dissimulées, poudre, parfum. Je n’oubliais pas bien entendu de brûler le mot en question à la flamme d’une bougie, patientant le temps nécessaire afin qu’il n’en reste rien.

– Gaston ? Faites atteler, je vous prie, j’ai affaire en ville, fis-je terminant de nouer le nœud de mon foulard tandis que mon domestique patientait afin de me faire enfiler ma veste.

Boutique Bonacieux, maître tailleur. La voiture s’arrêta quelques mètres plus loin, mais avant d’en descendre, je me devais de trouver un prétexte à ma présence. Et c’est d’un coup sec que, tirant sur l’une de mes manches, que je démis celle-ci, arrachant les coutures au niveau de l’épaule.

Je pris mon air offusqué une fois descendu, me dirigeant vers ce lieu de rendez-vous imposé. Y entrai sans autre forme de procès, observai tout d’abord la disposition des lieux ainsi que les âmes présentes puis appelant subitement à tout rompre si quelqu’un pouvait prestement s’occuper de mes malheurs comme s’il s‘agissait du pire affront au monde. Mon contact n’était pas encore arrivé. Grand bien lui fit, je pouvais ainsi juger de la situation à mon aise.

Il n’y avait qu’une personne présentement dans la boutique, mais vu la disposition des lieux et le service fourni, d’autres devaient forcément s’affairer dans une arrière-salle. Je repérai d’éventuelles portes de secours dès mon arrivée, les fenêtres également. S’il semblait possible de s’y faufiler ou si ce qui se trouvait à l’intérieur pouvait aisément se voir de l’extérieur. Ce qui n’était en rien absurde d’être aussi méfiant. Cette tâche que j’exerçais étant parfois plus périlleuse qu’il n’y paraissait si l’on n’assurait pas quelque peu ses arrières. Surtout avec ce gredin d’Aurny s’il s’agissait bien de lui. N’ayant ni la carrure d’un mousquetaire ni leur compétence à l’épée… bien qu’il m’était arrivé de défier un ou deux jeunots, mais par jeu, donc sans réelle motivation, il me fallait ruser.

Une jeune dame s’en vint à moi et je jouai mon rôle d’une voix plus aiguë que celle que le ciel m’eut naturellement accordée. Prenant l’air à la fois consterné et indigné par ce qui m’arrivait. J’en venais parfois à me faire sourire moi-même tant je pouvais paraître précieusement ridicule.

– Voyez ce qui arrive lorsque l’incompétence ne trouve sa limite que dans la maladresse innée de mon valet ! Je me rendais chez quelques amis fort proches et voici que d’un geste, cet incapable eut tôt fait de causer l’irréparable. Voyez ! Voyez donc ! De quoi ai-je l’air ?

Forcément, elle ne pouvait y échapper alors que je tendis l’épaule en sa direction tout en me plaignant. Il n’y avait pourtant que quelques centimètres d’arrachés, même pas un demi-tour de manche.

– J’espère que vous disposez d’un personnel qualifié qui pourra remettre cela en ordre rapidement. De préférence ni une jeune apprentie peu habile ou au contraire de couturière de trop longue date, n’y voyant plus très bien. Outre ma reconnaissance éternelle, il vous sera offert une belle compensation pour ce temps perdu.

La brave dame m’assura alors que le nécessaire serait fait et au plus vite par une ouvrière qualifiée et d’un âge moyen.

– Mais je vous en prie, faite donc, fis-je tout en l’autorisant à ôter cette veste, cause de tous mes soucis. Travaillez sans crainte cela dit, j’ai envoyé ce maladroit prévenir de mon retard. Fort heureusement, je prévois toujours quelques délais afin de demeurer ponctuel.

Laissant cette dame faire, tournant sur moi-même afin de lui faciliter la tâche, j’observai ensuite, faisant mon curieux, mais sans trop en montrer, l’arrivée de ladite ouvrière.

Oh elle aurait pu être atteinte de strabisme que cela ne m’aurait en rien gêné au fond, mais ce fut surtout ce qui se jouait derrière elle qui m’intéressait. A savoir de juger de combien d’employés cette pièce regorgeait. Et de ce j’en perçu en premier lieu, moi mis à part, il n’y avait que des femmes. Même si de mauvaises langues m’auraient compté au total. Mais j’entendis également la voix d’un homme plus âgé ainsi que celle plus fluette que je pris pour celle d’un gamin. En définitive, les présents étaient potentiellement peu aptes à ne servir à autre chose que de victime si jamais les choses tournaient mal. Il me fallait en tenir compte.

– Vous avez de fort belles étoffes ma foi, me permettez-vous d’en faire le tour quelques instants, cela me permettra de patienter. Faites-vous dans la dentelle également ?

Je la laissais me répondre, l’écoutant distraitement, car plus concentré sur la porte d’entrée désormais. L’heure du rendez-vous s’était annoncée et une voiture venait de s’arrêter juste devant. Les bruits faits par le marchepied m’indiquant que deux personnes en étaient descendues, et il ne fallut pas plus d’une minute avant que la porte ne s’ouvre sur l’une d’elles. Un homme. Le second semblant être resté au-dehors.

Il était vêtu d’une cape et d’un chapeau ample qui, posé en biais, assombrissait son visage. Mais je reconnus la fine barbiche de ce cher Aurny. J’espérais dès lors que la tenancière de la boutique ne fut pas trop prise à partie dans cette affaire.

Aurny la salua et fit état d’une commande qu’il devait venir chercher. Il semblait qu’il tentait purement et simplement de la faire sortir quelques instants de son comptoir afin de nous laisser seuls en boutique. Ce que je m’apprêtais à faire. Tant pour sa sécurité que pour m’assurer de sa discrétion.

Pour l’heure, il faisait mine de ne pas me remarquer alors que toujours plongé dans l’admiration des quelques tissus, je lui tournais le dos de trois quarts, gardant à la fois mes distances et mes sens en éveil.