Gaëlle Laurier

Auteur de romances. Découvrez mes univers.

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Journal d'un espion

Ellipse de la Belle - Chapitre 14


Séraphin.

Pensait-il sincèrement que quoi que ce soit aurait le pouvoir de m’empêcher d’honorer mon épouse comme il se devait ? Je voudrais bien l’y voir ce docteur. Ou bien sa femme fut si vilaine pour imaginer pouvoir me conseiller ce genre de chose impossible ! Mais, en un sens il ne devait pas avoir tort et je devais être raisonnable. Cependant, je me voyais mal repousser ma douce Belle dès notre première nuit.

Quoiqu’il en fut, elle m’étonna et me ravit à la fois tant tout fut organisé dans les temps impartis malgré les moments éprouvants qu’elle eut à affronter. Sans compter que de vouloir célébrer le mariage sans trop de chichis me convenait parfaitement. Ce n’était pas une question de moyens financiers, mais de confort et plus nous serions en nombre restreints et donc entre gens de confiance, mieux cela pouvait se passer. Je fis tout de même venir mon frère ainsi que son épouse et les logeais dans la meilleure chambre qui soit, en ville avec mon père et le sien.

Je ne comptais plus le nombre de fois où il m’avait été dit qu’un futur marié se devait d’être forcément nerveux et pris de violentes incertitudes devant l’autel. Je vous assure que ce ne fut pas mon cas. Impatient aurait été le mot exact. Dardé d’un sourire franc que rien ne pouvait faire disparaître de mon visage, moins encore mon frère lorsque je l’accueillis lui et sa froide épouse – ce qu’ils allaient bien ensemble, c’en était étonnant – ne me gênant point de lui asséner ce que je rêvais depuis le tout premier instant ou j’avais vu Belle.

– Mon cher frère, je vous remercie. Pour la première fois de mon existence, je vous fais grâce de cet honneur que vous me faites de vous séparer de la plus belle et de la plus douce des femmes afin de me permettre de vivre le plus grand des bonheurs.

– Ainsi vous aimez les bigotes, cher frère. Qui l’aurait cru vu votre tempérament à n’aimer que les êtres se vautrant dans la luxure.

Mais même ses mots blessants n’eurent raison de ce jour.

– Alors il vous faudra vous offrir de nouveaux yeux pour n’avoir pas su remarquer sa sensibilité et le charme qui se dégage d’elle. Et sans vouloir me montrer discourtois, la nature s’étant déjà chargée de la chose sur votre épouse qui comparé à celle que je m’apprête à faire mienne de bien plus de qualités tant par le cœur que par le corps. De nous deux, je me considère le plus chanceux, quoi que vous vouliez en penser.

Et je ne l’entendis plus ni de la soirée ni de son court séjour à la capitale.

Au moment où, devant l’homme de foi, son père me l’amena et que je pris sa main dans la mienne, je sus que rien ne serait plus comme avant. Terminé les frasques de la cour, le libertin aux manières et aux mœurs extravagantes, toute cette comédie ridicule… ils comprendront et me remplaceront certainement bien vite. Je ne m’en fais pas pour eux.

Et ce fut chastement, lorsque cela me fut permis que j’embrassai ma dame pour la première fois. Ayant tenu bon, dans les règles de l’art jusqu’au bout afin qu’elle n’ait jamais à rougir qu’une quelconque attitude trop hâtive de ma part.

Une calèche découverte et décorée de fleurs blanches nous ramena chez nous, suivie par les invités qui se pressèrent dans les pièces du bas dont les portes séparatrices avaient été grandes ouvertes pour l’occasion. Et même si l’endroit ne se prêtait pas à devenir une salle de bal, il y eut tout de même un petit quatuor présent et amassé dans un coin du salon afin de nous permettre quelques pas.

– Ne craignez-vous pas que votre blessure se rappelle à votre bon souvenir ? s’inquiéta-t-elle lorsque je l’invitai.

– Elle peut bien, rien ni personne ne m’empêchera de danser avec ma femme le jour de mes noces. Mais ne vous en faites pas, nous ne ferons rien d’inconsidéré.

Elle ne devait pas avoir l’habitude de danser fréquemment et je remarquai que ses pas se faisaient maladroits par moment, mais quelle importance ? Cela ne faisait qu’une raison supplémentaire pour passer quelques après-midi en sa compagnie avec le prétexte tout trouvé que de palier à cela.

Peu à peu nos invités quittèrent les lieux, nous laissant seuls ainsi que le personnel. Et je me questionnai encore sur l’issue de cette nuit qui nous tendait les bras. À savoir de demeurer sage ou non. Il suffisait que je la regarde un instant pour savoir qu’il me serait difficile de ne rien tenter et de la connaître un peu pour être certain que tant que je n’aurai l’aval du médecin, elle s’y refuserait. Nous étions donc devant un dilemme, ma passion contre sa réserve. Mais une chose était sure, je ne voulais en rien la forcer. La tenter peut-être…