Gaëlle Laurier

Auteur de romances

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Le cas d’Aurny


Séraphin.

Cela faisait plus de trois semaines que l’on m’avait confié cette affaire et non des moindres. Puisqu’il s’agissait de confondre un espion tout comme moi. Et voici que les gens vivant au secret se tirent dans les pattes me direz-vous ? Tout dépend de ceux pour qui ils travaillent à vrai dire. Mais il en est qui, plutôt que de se contenter d’un camp ou d‘un autre, préféraient la neutralité du plus offrant, s’évertuant avec adresse à travailler tant avec l’un qu’avec ses ennemis. Et dans ce cas, la chose ne plaisait guère forcément. Je suspectais Monsieur d’Aurny d’être de ceux-là. Et donc, de trahir le roi. Fait hautement criminel, encore fallait-il le prouver décemment afin de faire rouler sa tête.

J’avais été envoyé afin d’enquêter sur une affaire ayant mal tourné, causant des pertes auprès de la garde des mousquetaires lors d’une mission. Et étrangement, tout portait à croire que ces cuisants échecs avaient pour source quelques informations ayant malencontreusement filtré. Forcément, après avoir enquêté, posé les bonnes questions et m’être acharné et tiré quelques vers de certains nez – de façon plus ou moins musclée selon les cas –, un nom revenait sans cesse : Monsieur de Nuray.

Rien à voir ? Et pourtant si.

Il y avait un jeu d’esprit bien connu auquel nous nous adonnions lorsque nous étions jeunes mon frère et moi. Mais je devais avouer que cela me lassait plus vite que lui : les anagrammes. Consistant à former un mot tout à fait usuel au moyen des lettres d’un autre qui le fut tout autant. Et si l’on utilisait de cette méthode pour Nuray, devinez ce que cela pouvait donner ?

Si j’avais pu me douter un jour qu’un simple jeu avec ce cher Raphaël aurait pu m’aider au sein de l’une de mes missions… mais passons.

Monsieur d’Aurny n’était pas un cas facile. Homme d’expérience, usant de relations haut placées et peu disposé à se déplacer sans escorte, autant dire que l’approcher n’était pas vraiment la chose la plus facile à faire. Son fils par contre…

Jeune et bien bel homme, je devais l’avouer. Attirant les regards des deux genres dans les mêmes proportions et peu avare en termes d’expérimentation, il me fut facile de l’approcher. Quelques amis communs fréquentant les salons privés, de ceux où il valait mieux ne pas traîner une fois minuit passé si l’on tenait à sa vertu si vous voyez de quoi je veux parler. Y être convié signifiant que l’on connaissait déjà le goût de ces élégantes soirées d’orgie organisées par des noms pourtant fort honorables.

Frédéric d’Aurny était de ces élégants qui bien qu’encore tendre en nombre d’années, se retrouvant déjà blasé des simples histoires de lits et de buissons. Même bien taillés ! Avide de sensations fortes, les sentiments n’en faisant, à ma connaissance, pas partie. Seuls l’excitation, la possession, le plaisir à l’état brut le maintenaient à l’affût. Cherchant sur les visages alentours, celui ou celle, ayant l’apparente audace nécessaire pour le satisfaire. Mais cela, tous ne s’en doutaient pas et Aurny fils était constamment flanqué de donzelles et jeunots désireux de finir la nuit avec lui. Que ce soit pour l’éloge, l’expérience, son nom, sa fortune, le plaisir simplement… tout était bon à prendre. Et à voir sa mine, il ne faisait que supporter hypocritement leur présence, s’ennuyant fermement en leur compagnie.

Ce n’était donc pas en allant minauder et papillonner autour de lui que j’allais lui plaire. Non, au contraire, j’adoptai l’attitude inverse. À savoir, de ne lui adresser pas même une œillade, pas un mot, voire même une pointe de dédain dans le regard s’il venait à le croiser. Ce qui piqua sa curiosité. Comment attirer celui qui semble tout avoir et même trop ? Et lui faisant miroiter l’inaccessible. Deux soirées complètes de ce petit jeu auront finalement porté leurs fruits. Sans doute piqué au vif par mon comportement, il me suivit alors que je feintais de m’éloigner vers un balcon. La nuit était douce, le clair de lune enclin à ne laisser voir que ce qui était nécessaire et mon haleine parfumée par quelques raisins croqués dans ce but eurent raison de lui lorsque je le plaquais brutalement contre l’un des chambrant, volant notre premier baiser.

La suite ? Ordinaire. Je le suivais dans ses vices, mais me dérobais à ceux-ci prétextant ne pas apprécier le partager tout en le laissant libre d’y participer. Bon prince. Quant à nos ébats en toute intimité, ma méthode habituelle. Quelques gouttes dans un bon vin de champagne, un sommeil lourd, quelques éloges sur de prétendues prouesses sexuelles au réveil et le tour était joué. L’amant comblé et moi, m’approchant du but. À savoir tirer de lui ce qu’il me fallait.

Au bout de quelques rendez-vous, je fus convié en son domaine, la possibilité d’y laisser traîner mes yeux m’étant offerte, mes doutes confirmés et quelques preuves extraites de ce séjour. Mais pas encore assez concluantes il fallait croire et après que quelques relations du père eurent tôt fait de minimiser celles-ci, l’affaire se remis à stagner.