Gaëlle Laurier

Auteur de romances

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Ellipse de la Belle: Chapitre 5


Séraphin.

Comme l’aurait dit Père dans certaines situations, il y avait décidément des coups de pied au derrière qui se perdaient ! Et voilà que je confiais la prunelle de mes yeux à cet abruti qui préférait aller somnoler un peu plus loin plutôt que de l’attendre comme il sied de faire.

Il revint vers nous et je lui adressai un regard des plus mécontents, il n’osa donc piper un mot et fit profil bas alors que je raccompagnai et aidai cette douce fiancée à s’installer. Mais malgré sa timidité, voici qu’elle me proposait de me raccompagner. Ce qui semblait fort peu commode puisque je me situais ici tout à côté de ma chambre de location. Mais je ne pouvais combattre cette irrépressible envie qui me poussait à accepter et pris place finalement, face à elle à l’intérieur.

Je me sentais nerveux comme jamais je ne l’avais été jusqu’alors. Un comble à ne point en douter alors que je faisais parfaite figure de séducteur auprès de tout ce qui pouvait être courtisé. Me voici mal à l’aise devant une jeune femme. Mais quelle jeune femme. Me voici donc m’enfonçant dans ce mensonge plus encore. Et pire encore puisqu’elle en était la victime exclusive. Devais-je lui annoncer qui j’étais ? Le mal était fait assurément. Moi qui ne souhaitais aucun attachement avant l’heure, ni même ensuite. Me voici bien loti.

– Vous devriez peut être faire part, dès votre retour chez vous, du manquement qu’aura eu votre cocher à oublier de vous reprendre une fois vos courses faites, fis-je coupant court à ce silence pesant.

– Je n’oserais ! Et si le pauvre homme y perd son emploi ? Il n’est pour rien en ce qui s’est passé.

– Vous auriez pu être blessée. Y songez-vous ? Mais faites comme vous le souhaitez.

Et en plus, elle n’était ni rancunière et éprouvait quelque pitié. Vite, il me fallait lui trouver quelques défauts et cesser de ne voir en elle que la perfection. Peut-être devrais-je retourner ces qualités contre elle. Naïve enfant, prude, rougissante, adorable… non décidément, je n’y arrivais pas.

– Pardon, Monsieur, mais… puis-je connaître votre nom ?

Me voici de nouveau fort mal parti.

– Mon nom est fort peu utile, mais je puis peut-être vous laisser un prénom cela dit. Vous ne serez point volée croyez-moi, car je ne le dévoile que rarement.

– Oui, dites-moi ?

– Alexandre, Mademoiselle, pour vous servir.

Des années que je n’avais plus employé ce nom, mais c’était pourtant le mien, l’authentique. Ce n’était qu’un demi-mensonge. Mais à force de m’en sortir par des pirouettes, entretenant le mystère par des actes héroïques, je risquais de l’intéresser plus que son propre fiancé. Je ne le savais que trop bien puisqu’il s’agissait de l’une de mes armes les plus efficaces. Le mystère. Et ce serait des plus cocasses au jour des noces devant l’assemblée ainsi que le prêtre, lorsqu’elle se rendrait compte de qui j’étais.

Décidément, j’allais bien trop loin. Je demandai à ce que la voiture s’arrête, prétextant être arrivé à bon port et pris congé prestement malgré son regard déçu. Certainement que j’aurais préféré passer un peu de temps en sa compagnie. Peut-être m’aurait-elle invité d’ailleurs puisque je l’y avais autorisé. Mais quelque part, j’en viendrais à être jaloux de moi-même et craindre qu’elle ne fut moins farouche qu’elle n’en donnait l’air, m’invitant tel cet amant que je souhaitais qu’elle trouve afin de me remplacer. Tout était confus. Je me confondais moi-même, je me jalousai et rentrai prestement à pied.