Gaëlle Laurier

Auteur de romances. Découvrez mes univers.

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Journal d'un espion

Ellipse de la Belle: Chapitre 4


Annabelle.

Cet homme aux allures fort honnêtes ne m’avait ni plus ni moins envoûtée. J’en oubliais d’ailleurs de le remercier pour ses précieux conseils. Sans doute connaissait-il mieux que moi les dernières modes de Paris et m’aura ainsi sauvée d’un choix douteux.

Mais diantre que ses yeux étaient purs, sa voix troublante et son verbe si précis. J’en oubliais les usages et questionnais Madame Bonacieux, puisqu’il sembla que ce fut son nom, sur qui il était. Mais sa réponse fut des plus vagues, m’annonçant qu’il s‘agissait d’un client fort peu régulier dont elle ne pouvait dire grand-chose, elle s’en excusa. Je demeurais donc sur ce mystère le temps d’être mesurée de part en part, rêveuse que j’étais d’avoir osé contempler son visage sans retenue.

Mon choix étant fait, à gaspiller quelque peu la fortune de mon futur époux comme il l’avait souhaité, je comptais donc rentrer. Mon époux… je songeai à lui dont je n’avais encore rien vu et voilà qu’il s’effaçait pour cet homme au nom inconnu, mais troublant que je venais de croiser. Et je soupirai sur cette entrevue. Pourquoi fallait-il que mon sort soit ainsi scellé à quelqu’un que je ne souhaitais pas, empêchant ainsi d’oser espérer revoir cet inconnu. Même si la lettre que Monsieur de Monllieu m’avait laissée fut très claire à ce sujet : « Vous pouvez y recevoir comme il vous plaira et sans risquer que cela ne me choque. Connaissances, famille, amis ou amants. » Si cela m’avait choquée au début, je comprenais maintenant dans quelle étrange situation il était possible que je me trouve. Mais jamais je n’aurais osé de toute manière. D’ailleurs, cet homme fort serviable n’était sans doute pas là pour ses propres affaires bien qu’il fut des plus élégants, mais peut-être pour combler sa propre épouse de cadeaux. Alors à quoi bon ?

La voiture qui m’avait laissée avait dû se déplacer durant mon absence, évitant ainsi de gêner la circulation. J’attendis donc un moment qu’elle ne revienne lorsque je fus prise à partie par un homme aux allures étranges et qui me tourna autour par deux fois. J’évitai de le regarder, espérant qu’il se lasse et passe son chemin, mais il n’en fit rien. Sans aucune gêne, il prit un pan de ma cape et la souleva, me gratifiant de quelques compliments dont je me serais bien passée.

– Je vous en prie Monsieur, veuillez me laisser, fis-je d’une voix mal assurée.

Mais au lieu d’obtempérer, il sortit une courte lame qu’il me présenta près du visage et me somma de lui tendre ma bourse. Effrayée et ne pouvant faire autrement que de fixer son arme, je lui jurai pourtant ne rien avoir sur moi, mais il ne me crut point. J’en tremblais, tétanisée et incapable de crier comme il aurait fallu afin d‘au moins alerter les commerçants des environs.

Mais subitement, plutôt que de continuer à me menacer, l’homme leva les mains.

– Je vous conseille de lâcher ça et de déguerpir avant que me vienne l’envie de trouer plus que votre habit.

Cette voix ! Malgré que je ne l’ait entendu pour la première et unique fois aujourd’hui, il me serait impossible de l’oublier. Et j’osai lever les yeux vers celui qui faisait désormais moins le fier alors que la pointe d’un fleuret était posée au creux de sa colonne. Et au bout de ce fleuret… ce gentilhomme de la boutique !

Le voleur ne demanda pas son reste et fila à toute allure.

– Vous ne craignez plus rien, Mademoiselle. Veuillez m’excuser d’avoir dû user de mon arme pour vous en défaire. Je ne voudrais pas vous avoir effrayé.

Il rangea d’ailleurs celle-ci d’une adroite façon et me salua comme s’il allait repartir aussi vite, s’inclinant légèrement. Mais il ne se pourrait qu’il en reste là et disparaisse encore ainsi, malgré mon émoi j’osai donc...

– Attendez Monsieur. Je ne connais pas votre nom excusez-moi, mais je voudrais vous remercier non seulement pour vos conseils de tout à l’heure, mais également pour cet acte de bravoure dont vous venez de faire preuve.

Et… juste ciel… alors qu’il se redressa, je plongeai de nouveau dans ses yeux, m’empourprant de plus belle. Me voici bien embarrassée à présent. Mais il me sourit, se rendant ainsi plus charmant encore et plutôt que de partir, pesta contre le cocher qui semblait avoir disparu.

Ce dernier qui s’était placé un peu trop loin pour nous avoir vus se fit alors allègrement siffler par mon sauveur qui s’excusa ensuite pour tant de familiarité.